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[Cinéma] Festival du 1er film francophone – La Ciotat

Comme chaque année à cette période, l’association La Ciotat-Berceau du cinéma organise le Festival du premier film francophone. C’est dans la salle du cinéma Eden-Theâtre, le plus ancien cinéma du monde, que les jeunes réalisateurs et réalisatrices viennent présenter, souvent en compagnie de leurs acteurs, courts et longs métrages.

Le choix et les niveaux de professionnalisme sont assez éclectiques. Certains des films que nous avons vus ont déjà été distribués en salle. Leurs réalisateurs participent souvent à plusieurs festivals dans le but de se faire connaître pour de prochaines productions et, pourquoi pas, de glaner quelques récompenses.

Aux lendemains d’une opération clandestine qui a décimé son unité, le soldat Christian Lafayette est de retour en France. Alors qu’il essaie de reprendre une vie normale, il est bientôt mêlé à un trafic d’opium pour sauver ses deux frères d’armes survivants. La mission dont ils sont les seuls à être revenus n’était peut-être pas celle qu’ils croyaient…

Le premier film de Mathieu Gérault bénéficie d’une distribution nettement dominée par l’interprétation de Niels Schneider. Comme l’a souligné le réalisateur, présent lors de la projection, les problèmes liés la réinsertion des soldats dans la vie civile ont été plus souvent traités par le cinéma américain après la guerre du Vietnam. Ici les trois vétérans aux parcours familiaux douloureux, blessés physiquement et psychologiquement, sont de plus impliqués dans un trafic de drogue qui parait sans issue. L’intrigue du polar disparaît derrière le soin apporté à la représentation des personnages, y compris une soignante incarnée par India Hair. Une belle photographie. Un cinéaste prometteur. Une réalisation maîtrisée.

eanne part fêter son enterrement de vie de jeune fille en Roumanie avec des amies. Elle y rencontre Nino et sa famille. Tout les sépare. C’est le début d’un été passionnel et hors du temps.

Contrairement au film précédent la maîtrise n’a pas été la préoccupation de Noémie Merlant qui, de son propre aveu, a tourné ce film à petit budget en 16 jours, en Roumanie, entre copines (présentes lors de la projection), avec son copain et la famille gitane du copain. A la fois réalisatrice et actrice, elle filme son beau visage avec une grande complaisance. Durant le tournage, le scénario a subi des modifications au gré des repérages des lieux. Un peu documentaire lorsque la famille gitane se raconte en roue libre, un peu plus scénarisé dans le récit de l’histoire d’amour en partie autobiographique. C’est collaboratif et instinctif. Le résultat est assez bricolé…bricolage, d’ailleurs, totalement assumé par la troupe.

Marion, dix-huit ans, vit avec le souvenir d’une sœur trop tôt disparue. Une nuit, elle croise le chemin d’Alex, un jeune homme spontané et libre. Ils unissent leur solitude et traversent Paris jusqu’au petit matin.

Un autre film à petit budget qui, de l’aveu de la réalisatrice, ancienne directrice de casting, a été conçu lui aussi de manière instinctive. Une jeunesse désabusée et abusant d’alcool et de drogue au bord du canal Saint-Martin. Un couple qui se forme en déambulant dans la nuit parisienne. La photographie de Paris la nuit en plan large est assez belle mais on se demande si tous les gros plans sur le visage de l’actrice principale ne relèvent pas d’un remplissage masquant le manque d’inspiration et de rigueur.

Gabriel Carvin, Un chef étoilé saumurois se voit remettre sa troisième étoile de crystal par un critique culinaire. Le soir même sa femme, Louise, le quitte. Cette brutale séparation déclenche une crise familiale. Victime d’un infarctus, cet hyperactif va devoir vivre loin de ses casseroles. Pour se changer les idées, il part au Japon ce qui lui permettra de renouer avec les plaisirs simples de l’amitié, et d’essayer de découvrir les mystères de l’umami, la cinquième saveur du palais.

Un casting 5 étoiles (selon la formule consacrée) pour le premier film de Slony Sow, réalisateur français, résident tokioïte. D’après lui, c’est l’amour de la bouffe qui a décidé Depardieu à jouer le rôle d’un chef qu’il n’avait jamais interprété. Les autres, Pierre Richard et des stars japonaises ont suivi. Ce film original dans sa conception et son sujet a été tourné en France (à l’hôtel-restaurant de l’Abbaye de Fontevraud) et au Japon dans une ville de l’île d’Hokkaido couverte de neige, ce qui épargne quelques clichés japonisants. Le personnage incarné par Depardieu domine bien sûr tout le film et le goût du cinéaste pour le filmer crée quelques longueurs. Le film a connu une élaboration difficile, réalisé sur plus d’un an à cause de la pandémie, et sa distribution dans les salles a été retardée jusqu’en novembre de cette année. Ce parcours chaotique se ressent dans le produit fini qui donne souvent l’impression de partir dans tous les sens.

Nous aurons appris que la cinquième saveur au nom japonais d’umami est donnée par le glutamate. On la retrouve dans le lait maternel, les fromages, les champignons, les tomates mûres et beaucoup de bouillons asiatiques. Assez difficile à décrire pour les occidentaux, il signifie « goût savoureux » en japonais.

Karine, 34 ans, femme de ménage, partage sa vie entre son travail de nuit avec ses collègues et Ziggy, son fils de 17 ans. Lorsque l’entreprise qui l’emploie est rachetée tout bascule pour Karine. La pression sociale va la pousser dans ses retranchements et la mettre face à un dilemme : dévoiler un lourd secret ou mentir pour se protéger.

BRILLANTES de Sylvie Gautier avec Céline Sallette, Souad Amidou, Camille Lellouche et Eye Haidara, lui aussi ne sortira en salles qu’à l’automne. Un film social tourné à Martigues centré sur les personnages des quatre femmes de ménage, leurs revendications, leurs difficultés quotidiennes auxquelles s’ajoute le problème de l’illettrisme. Des acteurs confirmés dans l’ensemble, une réalisation soignée mais quelques longueurs. Ce film projeté à la soirée de clôture était bien sûr hors compétition.

Parmi ces 5 films que nous avons vus, deux ont fait partie du Palmarès.

« Sentinelle Sud » a obtenu le prix du meilleur scénario, ce qui est très mérité pour un film aussi abouti.

« Mi Iubita, mon amour » a été gratifié du Lumière d’Or, ce qui nous a étonnées et quelque peu déçues car nous préférons un cinéma plus longuement réfléchi et travaillé. Quitte à paraître vieux jeu et rabat-joie, nous pensons que la désinvolture ne méritait pas la plus haute récompense.

Pour finir sur une note plus positive, mentionnons un court-métrage qui a obtenu le prix (mérité) du public : “Partir un jour”, film social et musical d’Amélie Bonnin, joliment interprété par Bastien Bouillon, et la chanteuse Juliette Armanet.

6 Comment

  1. Merci pour la rétrospective de ce festival et le passage très instructif concernant l’umami ! Très beau casting d’ailleurs pour ce film, dommage que le rendu final laisse un goût amer et non celui d’umami…!!
    Belle semaine à toutes les deux.

    1. Disons plutôt un peu décevant vu la réputation des acteurs français et japonais engagés dans cette aventure gustative.
      Bonne semaine à vous aussi.

  2. Bonjour les Matching,
    On sent une pointe de déception à chaque fois, non?
    Je ne suis pas sûre d’adhérer à chacun d’eux..
    Très bon week end à venir!

    1. Nous ne comprenons pas le succès du film Mi Iubita qui a été présenté à Cannes, a reçu le Lumière d’or à la ciotat et qui bénéficie de bonnes critiques. Il n’y a aucune commune mesure entre ce film bricolé entre copines sur un sujet très moyennement intéressant et Sentinelle Sud qui n’a eu « que » le prix du scénario alors que réalisateur, directeur de la photo et acteurs témoignent d’un tout autre investissement en terme de professionnalisme. Néanmoins participer en tant que public à ce festival est pour nous chaque année un grand plaisir.

  3. Sentinelle est effectivement un film qui mérite qu’on s’y arrête. Niels Schneider est un acteur qui prend vraiment de l’épaisseur et ses choix de films sont audacieux. Alors qu’il a commencé en beau gosse à bouclettes chez Xavier Dolan.

    Le film bricolage de Noémie Merlant ne me tente pas du tout. Je ne la trouve pas très excitante comme actrice non plus. Et je suis agacée qu’il suffise parfois d’un bon carnet d’adresses pour qu’un film sorte en salle. Et cette façon amoureuse qu’ont certains à se filmer me met mal à l’aise. J’imagine l’actrice-réalisatrice donnant ses instructions : alors là tu vas faire un looooooong plan sur mon merveilleux visage. Mesquin je trouve.

    Umami me tente vraiment bien.

    1. Le réalisateur a raconté combien il avait été impressionné par la façon dont Niels Schneider avait pris possession du personnage, notamment à l’aide des vêtements qu’il a lui-même apportés. Avec Sentinelle Sud Niels Schneider a relevé le défi de tourner dans le premier film d’un quasi inconnu, Mathieu Gerault, à qui il a fallu environ 5 ans pour mener à bien son projet. Bien plus que 16 jours…
      L’actrice réalisatrice au carnet d’adresses bien rempli a, semble-t-il, été également sa propre directrice de la photo !
      Umami est un film à voir. Sortie à l’automne. Nous ne manquerons pas de lire votre critique.

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