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[Cinéma] Le diable n’existe pas – M.Rasoulof

Iran, de nos jours. Heshmat est un mari et un père exemplaire mais nul ne sait où il va tous les matins. Pouya, jeune conscrit, ne peut se résoudre à tuer un homme comme on lui ordonne de le faire. Javad, venu demander sa bien-aimée en mariage, est soudain prisonnier d’un dilemme cornélien. Bharam, médecin interdit d’exercer, a enfin décidé de révéler à sa nièce le secret de toute une vie. Ces quatre récits sont inexorablement liés. Dans un régime despotique où la peine de mort existe encore, des hommes et des femmes se battent pour affirmer leur liberté.

Le premier récit commence lentement avec de nombreuses scènes banales dans une voiture, dont on sait quand même qu’il est le lieu de tournage le plus aisé pour les cinéastes iraniens interdits de filmer (« Ten » d’Abbas Kiarostami ou « Taxi Téhéran » de Jafar Panahi). On arrive presque à s’ennuyer en suivant le quotidien normal d’une famille normale, trois générations, chacune avec ses préoccupations. On se demande où le réalisateur veut en venir. On le comprend brutalement dans la dernière scène-choc qui casse le ronronnement.

Trois autres récits vont suivre dans ce film composé de plusieurs chapitres, bien séparés. Des personnages et des lieux très différents, comme une mosaïque autour du même thème : la peine de mort et son exécution, et, surtout, qui l’exécute, qui est désigné pour « retirer le tabouret ». En effet, plus qu’une nouvelle dénonciation de la peine de mort, le film envisage le problème sous l’angle de la responsabilité individuelle de l’exécutant. Peut-on s’opposer à un ordre donné par un supérieur dans un système totalitaire ou obéir en se déchargeant de toute responsabilité ? Quelles seront les conséquences de l’obéissance et de la désobéissance ? Trois des protagonistes ont été contraints lors de leur service militaire à un choix qui aura, du moins pour deux d’entre eux, des conséquences tragiques.

Seul Hesmat, le bourreau, semble assumer et mène une vie tranquille. Il est un homme tout a fait « normal », ce qui renvoie à la « banalité du mal » définie par Hannah Arendt, comme le cinéaste l’a confié dans une interview dans dw.com

Mohammad Rasoulof, personnellement, a choisi de résister dans son pays. Le thème musical de « Bella Ciao », le chant des partisans italiens, est d’ailleurs récurrent dans le film. La résistance, dit-il, lui donne une paix intérieure. Il reste fidèle à ses convictions même si le prix à payer est très élevé. Souvent séparé de sa famille, il avoue avoir un rapport assez difficile avec sa fille. Elle interprète dans le film le seul personnage vraiment occidentalisé, un portrait pas forcément très flatteur. C’est pourtant elle qui a reçu à sa place l’Ours d’or que ce film a remporté à la Berlinale 2020.

Nous avons revu les paysages que nous avons traversés il y a maintenant deux ans et demi lors d’un voyage en Iran. Ces chaînes de montagnes désertiques sans fin, couleur sable, une nature de prime abord hostile qui sert aussi de refuge à ceux qui sont déchus de leurs droits de citoyens. Les embouteillages de Téhéran causant une forte pollution sont bien réels, la capitale de la République islamique est, dans l’ensemble, une ville sans charme.

Même si le titre de ce long film de 2h30 est ironique, le sujet et l’atmosphère sont oppressants. Bien plus encore parce que, comme pour la plupart des films iraniens, nous savons que ce n’est pas seulement une œuvre de fiction mais avant tout un témoignage…

18 Comment

  1. Bonsoir les Matching,

    Je ne suis pas sûre d’apprécier l’ambiance du film.. Mais il fait sortir de sa petite zone de confort, je pense..
    Très belle semaine à vous!

    1. Totalement ! L’ambiance est par moment très pesante mais nous aimons bien les films qui viennent d’ailleurs et particulièrement d’Iran.

  2. Ce film a l’air très intéressant, certainement aussi parce qu’il nous fait voir des choses dures et dérangeantes… Bon week-end !

  3. J’adore l’affiche! Je ne suis pas encore retournée au cinéma. On vient de m’offrir Désorientale de Negar Djavadi. L’Iran décidément, J’ai tout à apprendre de ce pays. Bonne semaine à vous!

    1. Nous ne connaissons pas Negar Djavadi, nous prenons note et nous attendons vos impressions sur ce roman.
      Bonne semaine à vous aussi!

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