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[Cinéma] Un livre, un film – Le Tigre blanc

Balram Halwai raconte avec humour noir son ascension fulgurante de villageois sans-le-sou à entrepreneur prospère dans l’Inde moderne. Rusé et ambitieux, notre jeune héros parvient à devenir le chauffeur d’Ashok et de Pinky, qui viennent de rentrer d’Amérique. La société l’ayant formé à une unique fonction – celle de servir – Balram se rend indispensable aux yeux de ses riches maîtres. Mais après une nuit de trahison, il comprend jusqu’où ils sont prêts à aller pour le piéger et se protéger. Alors qu’il est sur le point de tout perdre, Balram se rebelle contre un système truqué et inégalitaire pour devenir un maître d’un nouveau genre.

Aravind Adiga, jeune écrivain indien, avait remporté le Booker Prize, équivalent anglais du prix Goncourt, en 2008 avec Le Tigre blancLe film tiré du roman et réalisé par l’américain d’origine iranienne, Ramin Bahrani, est disponible sur Netflix depuis fin janvier.

Comme dans le roman, Balram Halwai est le narrateur à la première personne et en voix off ; il écrit une longue lettre au Premier ministre chinois, qui se prépare à visiter l’Inde, l’autre future super puissance car « l’avenir n’appartient plus aux blancs mais à l’homme jaune ». Cette lettre est le récit d’une ascension sociale née d’une révolte personnelle. Le héros est devenu riche et, à coup de flash back, nous découvrons qu’il l’est devenu en commettant un crime.

Né pour servir, comme ceux de sa caste, très obéissant au départ, il prend conscience que ce qu’il considère comme une chance, être un chauffeur de riches, devient un piège qui se referme sur lui lors de la scène clé de la trahison. C’est une scène formidablement jouée dans laquelle le héros signe l’aveu d’un crime qu’il n’a pas commis. Il n’a pas le choix. Son rêve d’une vie meilleure s’écroule et tout le drame se lit dans ses yeux. Et, plus tard, lorsqu’on sait qu’il n’y aura pas de poursuites, ne servant plus à rien, il est à nouveau rejeté et humilié, coincé… comme dans un poulailler. Ce qui aura de lourdes conséquences.

Il est prêt à tout à son tour pour sortir de cette « cage à poulets » pour devenir le Tigre blanc (surnom que lui a donné l’instituteur de son village, impressionné par cet enfant intelligent). Charmant et souriant, désarmant même comme sur l’affiche, il devient un fauve. Mais, devenu patron à son tour, il garde une conscience sociale et défend ses employés.

L’histoire, à travers ce sourire, est traitée comme une satire sociale plutôt qu’un drame, et montre, parfois avec un certain cynisme, la vérité amère de « la plus grande démocratie du monde » . Les riches en haut, dans de belles demeures et les serviteurs en bas, au sous-sol, dormant par terre et recevant des coups pour tout remerciement, deux mondes. La corruption agit au plus haut niveau, il n’y a pas de place pour la droiture. Le monde moderne, représenté par la jeune épouse, élevée en Amérique, bute contre les traditions ancestrales

Les images correspondent à ce que nous avons pu voir lors de nos séjours en Inde. Elles sont fidèles au roman qui décrit si bien la chaleur, le bruit, la saleté, la pollution, les égouts, les taudis, les embouteillages avec les conducteurs de rickshaws, ces « hommes baguettes, penchés sur le guidon de leur bicyclette, pédalant pour tirer une pyramide de chair bourgeoise ». La pauvreté et la réalité de la rue : « Les réverbères pâlots éclairaient les trottoirs ; dans leur faible lumière orangée, je distinguais des multitudes de petites silhouettes maigres et crasseuses accroupies, qui attendaient qu’un bus les emporte quelque part ou bien, n’ayant aucun endroit où aller, qui s’apprêtaient à dérouler un matelas pour dormir là. ». Tous ceux qui sont allés en Inde ont été frappés par la capacité des autochtones à se tenir accroupis pendant des heures ! Et en même temps dans les grandes villes, les start up, les boîtes de verre et d’acier en construction, les écoles avec l’enseignement en anglais.

Des images pittoresques, mais aussi misère, extrême pauvreté d’un côté et étalage de richesse de l’autre. La fascination pour un pays tout en contrastes que nous avons retrouvée à travers ce film.

21 Comment

  1. Merci pour votre résumé étayé. Malgré votre enthousiasme, je pense que je passerai mon tour pour ce film ! En ce moment je suis en train de visionner les quatre saisons de The Crown, c’est une série vraiment très intéressante qui me replonge dans mes cours d’histoire. Belle soirée

    1. Nous sommes fans de The Crown depuis le début. De bons moments de télévision. Bonne soirée à vous aussi

  2. Hello,
    Ce retour détaillé sur ce film me fait regretter de ne pas avoir Netflix ! Il m’a l’air d’être rudement bien mené retranscrivant bien le monde qui sépare le milieu aisé de la population moins privilégié de ce pays.
    Excellent week-end

  3. Et pas une seule scène de danse ?
    Le cinéma indien, pourtant un des plus prolifique, m’échappe totalement. A part Satiayit Ray.
    C’est incroyable que ce pays puisse être la plus grande démocratie du monde alors que le peuple est à genou.
    Bon, je n’ai pas Netflix.

    1. Ah non, ce n’est pas un film « bollywoodien », pas de danse ni de chant. Ne le manquez pas lorsqu’il sera diffusé sur une autre chaine !
      Passez un bon weekend

    1. C’est une destination très particulière ! C’est un choc culturel, vous en prenez bien les yeux, dans tous les termes. Un voyage extraordinaire. Ce film donne un vrai aperçu de ce pays, à voir…
      Bon weekend

  4. J’ai très envie de le voir. Pour le fossé entre la pauvreté et la richesse, c’est le cas de beaucoup de pays d’Asie, on n’a l’impression qu’il n’y a pas de classes moyennes… Merci pour cet article éclairant !

    1. Dans le roman Aravid Adinga essaie de démontrer qu’il y a une prise de conscience sociale par rapport à une certaine résignation et l’émergence d’une classe moyenne. Nous attendons vos impressions lorsque vous aurez vu le film.

  5. Je retiens ce film car j’en ai tellement vus sur Netflix que je prends les nouveaux avis volontiers !
    Merci pour vos partages !

    1. Un film qui interésse encore plus ceux qui sont allés en Inde. On retrouve bien les impressions ressenties.
      A voir…

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