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Culture Lecture

[Lecture] Americanah

La nigériane Chimamanda Ngozi Adichie est très connue aux États-Unis et en Grande Bretagne. Nous venons de la découvrir dans ce roman publié en France il y a déjà cinq ans.

Le personnage principal, Ifemelu, part du Nigeria pour aller faire ses études aux États-Unis. Elle quitte son amour de jeunesse, Obinze, qui doit la rejoindre plus tard.

Nous suivons Ifemelu pendant une dizaine d’années entre ses souvenirs du Nigeria et sa vie aux États-Unis, entre le souvenir de l’amour qu’elle a laissé, et qui devra rester au pays, et la recherche de nouvelles relations sur un autre continent.

Elle découvrira à la fois les Américains blancs et les Afro-américains. Elle ne pourra vraiment s’intégrer dans aucune des deux communautés antagonistes, trop noire pour les blancs, Ifemelu ne peut pas non plus partager le passé des noirs américains aux Etats-unis, étant « noire non américaine ».

Chimamanda Ngozi Adichie ne tombe pas dans le manichéisme caricatural ni le misérabilisme. L’héroïne fréquente des blancs qui ont des relations avec des noirs (un de ses amants sera blanc) et les Afro-américains qu’elle connait (parmi lesquels un autre de ses amants) ont souvent bien réussi professionnellement et appartiennent à une classe aisée. La fin du roman se situe d’ailleurs au moment de l’élection d’Obama.

Pourtant, “première blogueuse” en matière de race », elle rédige un blog à succès nourri, en partie, de considérations réalistes et terre à terre sur l’obsession de la couleur de la peau ou de la texture des cheveux. Nous apprenons toute l’importance des cheveux crépus ou lisses, des différentes tresses parmi les différentes femmes de la communauté noire. Aviez-vous remarqué que, sous les mandatures de son mari, Madame Obama avait toujours les cheveux raides ? Il est souligné combien ce traitement des cheveux crépus peut être douloureux.

De façon plus polémique, les posts du blog d’Ifemelu mettent surtout en évidence une ségrégation permanente : « depuis que l’Amérique existe, les Blancs ont du travail parce qu’ils sont blancs. A qualification égale, beaucoup de Blancs n’auraient pas le job qu’ils occupent s’ils étaient noirs. »… « les privilèges sont relatifs… Le plouc des Appalaches est dans la merde, ce qui n’est pas marrant, mais s’il était noir, il serait dans une merde supérieure.»…« Quand vous mettez des sous-vêtements couleur chair ou utilisez des pansements couleur chair, savez-vous à l’avance qu’ils ne seront pas assortis à la couleur de votre peau ? « .

Une fois retournée dans son pays natal, le Nigeria, elle transformera son « blog sur la race » en « blog sur la vie » car «… la race ne compte pas tellement ici. En descendant de l’avion à Lagos j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire. » La fracture entre Occident et Afrique devient plus évidente : « …nous appartenons au tiers-monde et sommes par conséquent tournés vers l’avenir, nous aimons ce qui est nouveau, parce que le meilleur est encore devant nous, tandis que pour les Occidentaux le meilleur appartient au passé et c’est pourquoi ils ont le culte du passé. » lui dit Obinze.

Cet épais livre dépaysant et captivant par son rythme et son style n’est pas seulement une sévère dénonciation du racisme car il y a des traits d’humour dans la satire sociale. Il est aussi en grande partie consacré à la quête amoureuse, ce qui en fait un grand récit romanesque.

16 Comment

  1. Bonjour les filles,
    A l’heure où l’Amérique n’avais peut-être jamais été fracturée à ce point depuis longtemps, ce livre (pourtant publié il y a 5 ans dites-vous ?) a malheureusement encore tout son sens.
    Difficile de trouver sa place lorsque l’on est considéré « trop blanc pour les noirs et trop noir pour les blancs » ! Je trouve très juste la citation d’Obinze que vous mettez en fin d’article.
    Bon week-end, bien à vous.

    1. C’est un livre très dense qui nous fait découvrir des univers et des modes de pensée différents bien loin de l’Europe. Bon dimanche.

  2. Un livre qui traite d’un sujet encore très actuel hélas mais pas que d’après vos dires
    À retenir !
    Merci pour vos partages toujours intéressants
    Bel après-midi venteux !

    1. Ce n’est pas un livre (ni une lecture) opportuniste car le livre est riche en considérations diverses.
      Bonne soirée

  3. Pour la petite histoire, je pense que Michelle Obama porte des perruques, d’où les cheveux raides…C’est aussi le cas de la plupart de mes amies africaines qui changent ainsi de tête très souvent ! 😉 Bon week-end !

    1. Intéressant ! Les perruques ajoutent encore à l’intérêt que portent les femmes noires à leurs cheveux. En effet, les cheveux, la façon de les coiffer, les salons de coiffure tiennent une grande place dans ce livre qui pourtant n’a rien de superficiel. Il ne nous semble pas que ce soit autant le cas dans les romans mettant en scène des blanches.

  4. Ce livre m’avait interpelée lors de sa sortie … il y a quelques années déjà et votre critique tombe à point nommé car rien n’a changé, L’Amérique dans ce qu’elle peut faire de pire …

    1. Il n’y a pas de scènes de violence physique dans le livre. C’est plutôt le mal-être, le ressentiment, la difficulté pour les différentes communautés de vivre ensemble…

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