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Culture Lecture

[Lecture] Rosella Postorino, La goûteuse d’Hitler

Une jeune romancière italienne qui raconte l’histoire d’une allemande du temps du nazisme, ce n’est pas banal. Comme semblait peu banale au XXème siècle l’utilisation de goûteurs pour éviter l’empoisonnement de leur maître.

La protagoniste, une jeune allemande, Rosa Sauer, est recrutée vers la fin de la seconde guerre mondiale pour être une des goûteuses de Hitler, désormais retranché dans sa Wolfsschanze (« La tanière du loup »). Avec neuf autres femmes, tous les jours elles ingurgitent de la nourriture qui potentiellement peut les tuer. Ces plats seront ensuite mangés par le Führer. Rosa, réfugiée chez ses beaux-parents à l’Est, est surnommée avec moquerie « la Berlinoise » par les autres goûteuses, des villageoises. Elle réussira peu à peu à nouer des relations avec elles et avec le Lieutenant SS Ziegler…

Ce roman parle de la guerre, de la peur, de la faim et de la nourriture mais aussi de choix difficiles. Ces goûteuses forcées sont à la fois victimes, en attente des signes de l’empoisonnement, et coupables d’apprécier, malgré tout, cette nourriture en temps de famine. Il n’y a pas d’héroïnes, seulement des vies bouleversées par l’Histoire.

Le mal n’est pas vraiment explicite, il est présent, mais, par moments, les frontières entre le mal et le bien s’effacent. Qui agissait bien, qui agissait mal ? Et comme toujours dans un récit qui parle de la guerre de 39, la question de la culpabilité est soulevée : « Mais j’avais peur et je n’arrivais pas à parler et je ne voulais pas savoir ».

Quelques détails sur Hitler pourraient paraître comiques au milieu de cette tragédie, comme le fait qu’il ne mangeait jamais de viande, végétarien avant l’heure… Lui, dont le surnom était le Loup !

Rosella Postorino s’est inspirée du récit d’une des vraies goûteuses, Margot Wölk

Elle avait souhaité la rencontrer mais Margot est décédée avant que le rendez-vous n’ait eu lieu. Aussi, la romancière, tout en conservant tels quels les faits historiques, s’est retrouvée à mettre beaucoup plus d’elle-même dans l’histoire de la goûteuse et, laissant place à son imagination, a modifié quelques péripéties. En fait, Margot a été la seule survivante parmi les goûteuses qui furent toutes fusillées. Rescapée après plusieurs viols commis par des soldats russes, elle ne put jamais avoir d’enfants, mais retrouva son mari et une vie sereine après la fin de la guerre. Ce n’est que très tard, à 95 ans, qu’elle décida à raconter son histoire pour dire que Hitler était un être répugnant et un porc ; une femme étonnante qui ne semblait ni amère ni aigrie

Un livre qui se lit facilement malgré son contenu.

23 Comment

  1. Merci les Matching pour ce compte-rendu de lecture très intéressant. Certes le sujet n’est pas léger, mais je trouve poignant de parler de ces vies bousculées voire tragiques en temps de guerre, ces victimes différentes de celles que l’on connait mais pourtant bien réelles que la guerre abime tant autant…
    Sur un ton plus léger, je vous souhaite une bonne fin de journée.

    1. C’est en effet une catégorie de victimes dont on a peu parlé. Le roman n’est pas vraiment manichéen et n’oppose pas vraiment les bourreaux et les victimes. Bonne soirée.

  2. Bonsoir les Matching!

    Ahh enfin un bouquin que j’ai lu!!^^ Je l’ai adoré, et lu très vite…Mais j’ai été déçue de la fin, que j’ai trouvé un peu… »baclée » (ce n’est pas joli à dire..)

    Bonne soirée!

    1. La fin nous renvoie à une autre histoire, celle de l’immédiat après-guerre. Vous apprécierez peut-être davantage la fin de l’histoire de la « vraie » goûteuse.
      Bonne journée.

  3. Bonjour matchingpoints, merci pour la critique positive sur ce livre. J’hésite à le lire car je n’avais lu que du négatif à son sujet. J’ai vu qu’il venait de paraître en poche. Bonne journée.

    1. Nous n’avions lu aucune critique sur ce roman qui a été offert l’an dernier à l’une de nous, restée quelque peu indifférente, et qui l’a exhumé pour cause de confinement. Interpellées par votre remarque nous venons de constater qu’il a carrément été descendu en flèche au Masque et la Plume ! Une raison de plus pour faire sa propre opinion. Nous attendons la votre si, malgré tout, vous vous laissez tenter par sa lecture 🙂
      Bonne soirée

    1. Le destin de Margot est réel. L’histoire de Rosa est romancée. L’auteur a reconnu y avoir mis beaucoup d’elle-même.

  4. Voici un fait historique dont on a peu parlé! Merci énormément pour ce partage de lecture que je ne manquerai pas de lire. Vous avez piqué ma curiosité.
    Ce fut un plaisir de vous lire!
    Cordialement,
    Valérie

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