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[Actualités] Confinés, déconfinés d’Europe !

Si les termes « confiner », « confiné », « confinement » existent depuis longtemps dans la langue française, un nouveau mot a été créé pour exprimer son contraire, que nous vivons depuis le 11 mai : c’est « déconfinement ». Lorsqu’on le saisit sur Word, sur la page de ce blog ou sur les Sms de notre portable, il suscite les vaguelettes rouges du correcteur d’orthographe. Les médias se sont saisi du néologisme et il est martelé toute la journée sur les chaînes d’infos. Avec lui est apparu le verbe correspondant : déconfiner (lu dans « Le Monde » : « Déconfinera ? déconfinera pas ? »), également utilisé sous sa forme réfléchie, toujours dans « Le Monde » : « l’Espagne se déconfine ». Certains disent qu’il rentrera probablement dans les dictionnaires l’an prochain. Fini les vaguelettes rouges et, espérons-le, fini le virus aussi !

Comment nos voisins européens ont-ils nommé les mesures qui ont été votées, prescrites, ordonnées pour lutter contre cette maladie qui sévissait en Asie et qui, censément, n’aurait pas dû oser s’attaquer à la forteresse Europe ?

Elle s’est attaquée d’abord à l’Italie. C’est bien connu, un des maillons faibles du continent !

Les Italiens, atteints les premiers, ont donc été les premiers à se confiner. Le décret-loi du 23 février, qui mettait en place des mesures drastiques de confinement, portait le nom d’une ferme décision de responsabilité individuelle : #IoRestoaCasa (je reste chez moi). Ce peuple réputé désobéissant s’est totalement reclus, les rues des villes si bruyantes ont été désertées. Le vocabulaire a été aussi sobre : un mot pour le confinement : « il contenimento » (mot nouveau aussi formé sur le verbe contenere : contenir, retenir) et le processus de déconfinement est tout simplement appelé : « fase 2 » (phase 2), comme s’il n’y avait plus de mots pour exprimer le soulagement après les scènes macabres d’alignements de cercueils dans l’Italie du Nord.

Le Royaume-Uni a misé sur des slogans. L’ancien et le nouveau. Ils révèlent le ressaisissement tardif puis le flou de Downing Street pour décider des deux mesures. Le confinement (lockdown) a été accompagné du slogan : « stay at home, protect the NHS, save lives » (restez chez vous, protégez le service de santé, sauvez des vies). Le 11 mai, Boris Johnson, sans toutefois décréter le déconfinement mais un relâchement (easing), a énoncé un nouveau slogan : « stay alert, control the virus, save lives » (restez vigilants, contrôlez le virus, sauvez des vies). Grande perplexité des Britanniques concernant ce nouveau slogan qui rejette la responsabilité de sauver des vies sur les citoyens qui doivent mobiliser leur énergie pour être vigilants et sont chargés de contrôler (mais comment?) le virus

Le gouvernement écossais, quant à lui, maintient le confinement jusqu’au 28 mai, son message est précis et poli : “Please continue to #StayAtHome. By staying at home, you are saving lives.”

Les Allemands, comme à leur habitude, se facilitent la tâche en gardant un vocabulaire anglais, comme le Lockdown qui pourtant n’était pas vraiment appliqué dans le vrai sens du terme. On a préféré se contenter d’une « Ausgangsbeschränkung » (restriction de sortie) au lieu de « Ausgangssperre » (couvre-feu). Il y avait aussi la « Kontaktsperre » c’est à dire une interdiction de se retrouver à plusieurs. Le « Shutdown » désigne la fermeture des écoles, magasins, des bureaux, des restaurants qui lui était, et est encore, partiellement suivi. Pour le déconfinement, ils gardent le mot « Lockerung » qui veut dire relâchement. Mais il y a aussi les « Hotspot » les « anti shutdown- demo » (ces manifestations contre la privation des libertés), le homeoffice, les clusters… la fascination pour l’anglais !

Il est intéressant de noter que la devise #WirBleibenZuhause, (nous restons chez nous), qui fait appel au sens de la responsabilité civique s’apparente plus au #iorestoacasa des italiens qu’aux impératifs françaiset anglais : #restezchezvous, #stayathome

Néologismes, slogans… Espérons que l’étape prochaine ne soit pas la création (et l’utilisation) en France du verbe « reconfiner ». Nous ne nous sentirons pas frustrées si nous n’avons pas à comparer les inventions linguistiques d’ici et d’ailleurs sur ce sujet !

26 Comment

  1. Merci pour votre post fort intéressant et votre prose que je prends toujours plaisir à lire !
    Bravo pour ce travail linguistique très instructif, passez un bon week-end (dé)confinées (au choix) !

  2. Je suis moi aussi fascinée par l’évolution des langues et les différences culturelles entre les slogans des uns et des autres ! Votre article ravit mon âme de linguiste ! 🙂

    1. Nous sommes ravies de vous avoir fait partager un de nos centres d’interêt. Plus que jamais nous avons communiqué avec nos proches, pourtant si lointains en cette période, et comparé nos expériences.

  3. Bravo pour cette petite étude.
    Je ne savais pas que l’Italie était le maillon faible du continent et que l’Allemagne était fascinée par l’anglais.
    Pour le reste, effectivement certains pays sont plus polis que d’autres.

    1. Chaque pays a ses points forts et ses faiblesses. Il y a aussi des préjugés. Nous connaissons-nous vraiment entre européens ?

  4. Hello les Matching Points, merci pour ce post très intéressant. Les champions d’Europe de l’indiscipline restent de loin les Français, qui maîtrisent l’art avec de plus en plus de brio, même en pleine déconfiture… d’où peut-être les injonctions qui peuvent heurter les plus civilisés mais qui sont peut-être le ton indispensable pour les moins disciplinés. Profitons déjà de notre bout de liberté retrouvée 😉

    1. Les Français ont tendance à cultiver l’esprit révolutionnaire. On en voit de plus en plus qui affichent leur refus du port du masque dans les magasins. Ce n’est pas obligatoire alors que les mesures de confinement ont été assez drastiques et donc bien suivies.
      Nous profitons de la liberté mais avec prudence 😉

  5. Très intéressant, ce petit tour d’Europe. Les français, qui détestent les ordres, ont bien respecté les consignes. Autour de nous, beaucoup de personnes masquées dans les magasins.
    Il ne faut pas oublier ce virus sournois et invisible.
    J’espère qu’il va disparaître.

  6. Bonsoir,
    Un article fort intéressant! J’ai pris beaucoup de plaisir à le lire. Je vis en Suisse où nous avons vécu un semi confinement. Le gouvernement a appelé au bon sens des citoyens de rester chez eux! Aucun slogan strict. Savez-vous en plus linguistiquement concernant mon pays?
    Meilleures salutations,
    Valérie

    1. Vous avez la chance de vivre dans un pays qui a 3 langues officielles : l’allemand, le français et l’italien. Nous nous sentirions tout à fait à notre aise chez vous 🙂
      Et vous, personnellement, profitez vous de ce trilinguisme ?
      Bon dimanche.

      1. Personnellement, non… Vivant à Genève, je parle essentiellement le français. Et dans mon travail également. Par contre, mon époux est parfaitement trilingue! Et il a travaillé dans divers cantons suisses.
        Ce qui lui a permis de pouvoir facilement s’adapter et pratiquer aisément les trois langues.

        1. C’est une chance de pouvoir pratiquer plusieurs langues dans un même pays. Une impression de voyager 🙂
          Bonne journée

    1. On se serait peut-être volontiers passé de ce nouveau vocabulaire 😉 Bonne semaine à vous aussi.

  7. C’est un article bien intéressant !! Je m’amuse d’enployer de nouveau termes comme « en présenciel » qui a pris le relais de « distanciation » …

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