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[Cinéma] Martin Eden

À Naples, au cours du 20ème siècle, le parcours initiatique de Martin Eden, un jeune marin prolétaire, individualiste dans une époque traversée par la montée des grands mouvements politiques. Alors qu’il conquiert l’amour et le monde d’une jeune et belle bourgeoise grâce à la philosophie, la littérature et la culture, il est rongé par le sentiment d’avoir trahi ses origines.

Un film d’auteur présenté à la Mostra de Venise où l’acteur principal, Luca Marinelli, a reçu un Lion d’Or.

Dans cette libre adaptation du roman de Jack London dont il a conservé le titre, le jeune réalisateur italien, Pietro Marcello, remplace la Californie par la Campanie où il est né. Quant à l’époque où se déroule l’histoire on a du mal à vraiment la situer, l’héroïne semble anachronique, ses vêtements datent plutôt du début XXème siècle mais la télévision est bien moderne. La fatalité sociale, l’amour impossible seraient-ils donc de tous les temps ? Avec ces thèmes empruntés à London, le réalisateur reprend la tradition italienne du mélodrame mais, en jouant sur les souvenirs, il mélange les supports, vrais ou faux : vieilles vidéos floues de Martin et de sa sœur enfants, images ou reportages d’archives qui illustrent la pauvreté du prolétariat napolitain.

Aux ruelles crasseuses du vieux Naples s’oppose le luxe suranné de la maison d’Elena, la bourgeoise, qui fascine Eden. Il dénonce le capitalisme mais veut changer de classe sociale et rêve de célébrité. Lorsqu’elle vient et qu’il vit à son tour dans une maison au luxe ostentatoire, il est trop tard pour tout. Car cette gloire était due à ce qui était en lui, avant, lorsqu’il était méconnu et rejeté, et non à ce qu’il est devenu. Une authenticité perdue.

Ce film original, presque expérimental, au rythme soutenu, est l’exemple de l’adaptation réussie d’une œuvre littéraire. Luca Marinelli a ravi à Brad Pitt et Joaquin Phoenix le prix d’interprétation masculine pour son rôle de marin-écrivain au charme typiquement italien.

Au moins deux raisons pour aller découvrir un cinéaste prometteur.

16 Comment

    1. Merci beaucoup pour le compliment. Nous espérons que vous pourrez voir ce film outre Atlantique. Ici, malheureusement, sa distribution est restée très discrète. Bonne journée.

  1. J’étais un peu sceptique à l’idée d’aller voir ce film mais à vous lire, je le suis nettement moins ! Merci à vous pour toutes ces chroniques cinéma.
    Bon We à vous deux !

  2. Je l’ai vu à Venise (en italien sous titré anglais). C’est un film très déconcertant.
    Je considère le livre comme un pur chef-d’oeuvre. Pas le film, même si l’acteur (toujours excellent) mérite son prix (Brad et Joaquin se partageront le Golden et l’Oscar).
    C’est souvent brouillon, confus… images d’archives, époque indéterminée… et pourtant je me souviens avoir été emportée par certaines scènes.
    J’aurais aimé le revoir en France mais je reporte toujours.
    J’ai par contre très envie de relire le roman. D’autant que Gabrielle offre ce livre à Naoufel dans le renversant J’ai perdu mon corps…

    1. Ce n’est pas un film classique. Pour nous, ce qui peut paraître brouillon est aussi ce qui en fait son charme. Si de nombreuses critiques de la presse sont élogieuses, il n’a peut-être pas fait autant l’unanimité parmi le public.

    1. L’un n’empêche pas l’autre. Les relations entre cinéma et littérature ont toujours été très étroites et vécues avec plus ou moins de bonheur, c’est sûr ! 😉 Ici, il s’agit d’une adaptation très libre car Pietro Marcello y a mis beaucoup de son expérience de napolitain.

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