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[Lecture] Heimat, loin de mon pays

Depuis longtemps, Nora Krug ressent que le simple fait d’être citoyenne allemande la relie à l’Holocauste, lui interdisant tout sentiment de fierté culturelle. Après douze ans passés aux États-Unis, et alors qu’un non-dit plane sur la participation de sa famille à la guerre, elle part à la recherche de la vérité… Entre bande dessinée et album photo, une enquête intime stupéfiante au cœur de l’Allemagne nazie.

On vient de m’offrir ce livre et je dis un grand merci. Il vient de sortir en France, mais j’ai préféré le lire en allemand, bien évidemment ! C’est une BD, un mélange de genres qui utilise photos, collages, cartes postales et dessins. Des images romantiques côtoient des documents historiques édifiants, d’une terrible vérité.

Ce livre m’a bouleversée. Je me suis reconnue dans cette auteur qui vient de la même région que moi, même si elle pourrait être ma fille. Comme Nora Krug, j’ai quitté mon pays natal et j’ai du affronter la question allemande vue de l’étranger. Comment ne pas se sentir coupable pour quelque chose de si monstrueux même si ces horreurs se sont passées bien avant notre naissance ? C’est la « grâce de la naissance tardive » (comme l’Ex-Chancelier allemand Helmut Kohl l’avait formulé) qui n’évite pas qu’on vive avec ce sentiment de honte et de culpabilité collective !

A l’école on apprend à « éliminer les mots héros, victoire, bataille et fierté » comme dit Nora Krug dans le livre. Les questions qu’elle se pose au sujet de ses grand-parents, je les ai moi-même posées à mes parents et je les pose encore à ma mère de 98 ans, parce que cette génération est en train de disparaitre.

Heimat, le titre du livre, ce mot intraduisible, qui veut dire aussi bien la ville, le village, la région, le pays, ce mot si chaleureux qui traduit une communauté. Mais « Comment savoir qui on est, quand on ne comprend pas d’où on vient » 

D’où viens-je ?
Caspar David Friedrich, Le voyageur contemplant une mer de nuages

Elle a le mal du pays et quelques simples objets du quotidien prennent une valeur symbolique, une marque de sparadrap, un tube de colle – toute personne vivant à l’étranger peut comprendre cette nostalgie. Sa question : quelle famille serions nous s’il n’y avait pas eu cette guerre ?, est comme une conclusion sans fin !

Je me suis reconnue dans ce livre aussi, parce que pour un allemand, il est difficile d’être patriote sans une connotation au passé. Personnellement, j’ai été très bien accueillie dans mon nouveau pays d’adoption, il y a quelques décennies déjà. J’ai subi relativement peu de remarques hostiles envers les allemands, mais il est vrai aussi, que j’ai toujours évité de souligner mes origines pour éviter toute forme de rejet. Au fil des années, je suis devenue une européenne d’origine allemande. Néanmoins c’est avec comme un sentiment de jalousie que j’ai vu les français chanter la Marseillaise et brandir le drapeau national à la moindre occasion, une chose que je n’aurais jamais osé faire avant, peut-être maintenant… les années ont passé.

Il reste toutefois un sentiment de nostalgie. Mon seul moment de fierté nationale ne fût pas la victoire lors de la Coupe du monde de football mais au moment de la chute du Mur. L’Allemagne avait réussi une révolution sans la moindre goutte de sang. C’était pour moi la plus grande émotion nationale !

Cet ouvrage est très bien documenté et terrible dans sa recherche de vérité. Sous une apparence de BD, c’est un véritable livre d’histoire !

26 Comment

  1. Votre partage est plein d’émotions et bouleversant car il va bien au-delà de la simple présentation de ce livre. Je ne connais pas ce que vous décrivez mais le comprends si bien à travers la sincérité de votre témoignage. Merci pour cette mise à nue toute en justesse et en retenue.

    1. C’est à moi de vous remercier pour ce commentaire si compréhensif !
      Nous vous souhaitons un beau weekend, le printemps est là…

  2. En fait, pour un allemand, il y a toujours cette tache indélébile qui fait qu’on ne peut pas clamer son patriotisme sans y penser. Quand on dit – tu seras maudit sur plusieurs générations ! C’est ce qui arrive à la population allemande. Moi, je n’y pense pas, les allemands sont des européens comme les autres.
    Mais j’ai un exemple dans ma famille. Mon grand-père était resté prisonnier en Allemagne et il détestait les allemands. Le grand-père de mon mari a été prisonnier mais il était très ému quand cette famille allemande est venue lui rendre visite, dans les années 80.
    Pour nos petits enfants, Hitler était un ‘méchant’ mais ils ne font pas l’amalgame avec le pays. Et tant mieux !

    1. Merci pour le témoignage d’une génération qui a vécu directement ces événements mais qui se termine sur une note optimiste !
      Bon weekend à vous

  3. Merci de nous faire partager cette belle découverte.

    Est-ce que cela vous paraîtrait adapté aux élèves, collégiens ou lycéens, dans le cadre des cours d’Allemand ? Ou des cours d’histoire ?

    1. C’est une bonne idée ! Ce livre pourrait très bien illustrer un cours d’histoire, au même titre qu’un film. Les jeunes aiment la BD et la mise en page pourrait leur plaire…
      Bon weekend

  4. Je vais m’empresser de commander ce livre et de le découvrir et j’ai dévoré votre billet très intéressant. qui illustre bien votre ressenti en tant qu’Allemande.

    Dans les années 50, Konrad Adeauer et le Gal De Gaulle ont eu l’excellente idée de rapprocher définitivement nos deux pays et nos deux peuples par l’apprentissage de nos langues respectives. Je fais partie de cette génération de « l’allemand première langue » ce qui nous a permis d’avoir des contacts totalement différents de nos parents, avec la jeunesse allemande.
    Mais ce que vous dites est juste, nous évitions de parler de notre histoire commune.

    Pour mieux comprendre cette montée du nazisme car il me manquait toujours des « clefs », j’ai pu lire des livres allemands ou anglais car nos livres et nos professeurs d’histoire n’arrivaient jamais à me fournir des explications cohérentes.
    J’ai donc découvert qu’en dehors de la dépression économique de 1930, appauvrissant l’Europe, une grande partie des peuples européens a fait un choix politique fasciste (certes, qui n’était pas le bon) en réponse à un envahissement virulent du communisme en Europe (suite à la révolution russe).
    Résultat : les Espagnols ont eu la guerre d’Espagne et Franco, les italiens ont eu Mussolini, l’Allemagne : Hitler.
    Pour moi, c’était important de comprendre que la majorité des allemands ont cru faire un bon choix politique pour restructurer leur pays mais ont été, malheureusement, victimes de ce choix.

    Mais vive l’Europe et le rapprochement des nos pays.

    1. C’est vrai, l’Allemagne était particulièrement touchée après la première guerre mondiale et par la suite naviguait entre deux mouvements, le communisme et le fascisme. Ils ont fait un choix, « lieber tot als rot »…Vous avez raison, nous avons la chance d’avoir connu le rapprochement entre ces deux pays et la naissance d’une idée européenne. En regardant ce qui se passe avec ce Brexit, on ne peut que se désoler.
      Merci pour votre passage chez nous et un bon weekend printanier !

  5. Je me suis souvent demandé ce qu’on pouvait éprouver d’ être allemand aujourd’hui pour les générations qui n’ont pas connu la guerre, ne sont en rien responsables mais dont les membres de la famille ont forcément vécu ces années.
    C’est très fort et émouvant.
    Ta chronique y répond en partie.
    On ne connaît pas les raisons qui font fait quitter ton pays. Je crois que j’aurais du mal à le faire.
    J’ai fait plusieurs années d’allemand, il n’a jamais été question de la guerre ou des années terribles. Et les cours dhistoire s’arrêtaient juste avant. J’ai plutôt découvert ces années au cinéma où les allemands (soldats) étaient souvent ridiculisés et caricaturés.
    Mon arrière grand père nous racontait la guerre 14 et surtout l’épisode ( il radotait un peu) où il s’est retrouvé face à face avec un soldat allemand de 17 ans. Aucun des 2 n’a tiré. J’espère que c’est vrai…
    .Mon grand père a été déporté (Il était résistant et communiste). Je n’ai jamais entendu de propos haineux. Plutôt de la surprise et de l’incompréhension quand les allemands sont venus le chercher chez lui. Ma maman a assisté à la scène. C’est plutôt vers le dénonciateur que s’est portée la honte.
    L’ouvrage dont tu parles semble magnifique. Je vais essayer de le trouver.
    Ah que j’aime cette peinture de Friedrich tellement énigmatique et romantique et dont la couverture s’inspire.

    J’ai vu un film il y a quelques années, tu le connais peut-être : Heimat, qui était traduit par Patrie.
    http://www.surlarouteducinema.com/archive/2013/11/12/heimat-d-egar-reiz-5219664.html

    1. J’ai quitté mon pays par AMOUR…et uniquement pour cette raison. Souvent je me pose la question quelle serait ma vie si j’étais restée en Allemagne ?
      Bien sûr, j’ai vu Heimat, et j’apprécié les quatre heures ! En ce moment, il y a pas mal de films et livres qui traitent l’après-guerre, une période intéressante aussi.
      Merci pour ce commentaire et bon weekend !

    1. Vous étiez forcement une bonne élève ! Si jamais vous lisez cette BD, donnez-nous votre avis …
      Un bon weekend à vous !

  6. Hello
    Je suis tout en émotion en lisant ton article. Je ne m’étais pas spécialement questionnée sur le sujet surement parce que je suis française et forcément,c’est quelque part « plus facile » même si on n’oublie pas que le régime de Vichy à collaborer et fait bien des horreurs. Figure toi, que lorsque j’étais petite, ce sont des faits qui n’étaient pas présents dans les manuels scolaires.
    Je serais très curieuse de lire BD, Un grand merci pour ce partage
    Belle semaine

    1. Merci pour ce commentaire – je suis ravie que ce livre suscite de la curiosité !
      Bonne fin de soirée

    1. Peut-être moins émouvant pour vous, parce que vous avez un autre regard sur cette partie de cette histoire ? Mais c’est intéressant pour tout le monde.
      Bonne journée à vous

    1. Vous avez raison, mais malheureusement c‘est aussi un phénomène mondial ! Notre seul moyen de le combattre est d‘aller voter, vraiment
      Bonne journée

  7. Je comprends votre engouement et émotion à la lecture de ce livre
    C’est très touchant .Hélas je ne connais pas un mot d’allemand. Mais cette BD me tente .
    Encore une fois merci de vos partages qui ne laissent jamais indifférent.
    PS j’ai adoré Green Book !
    Belle journée sous le soleil !

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