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Culture Lecture

[Lecture] Amélie Nothomb

Il y a quelques années, nous avons abordé les romans d’Amélie Nothomb par ce qui reste, à notre avis, le meilleur de sa production (nous n’avons pas encore lu son dernier livre) : les romans à caractère autobiographique qui ont le Japon pour décor.

Nous avons été tout de suite happées par « La métaphysique des tubes ». Une fois les premières pages ingurgitées, il faut persister. Le récit de l’enfance au Pays du Soleil Levant est passionnant.

Jusqu’à deux ans et demi, Amélie se décrit comme un tube digestif, inerte et végétatif. Puis vient l’événement fondateur qui la fait chuter dans l’univers enfantin. Durant six mois s’ensuit la découverte du langage, des parents, des frères et sœurs, des nourrices japonaises, du jardin paradisiaque, des passions (le Japon et l’eau), des dégoûts (les carpes), des saisons, du temps. Tout ce qui, à partir de trois ans, constitue la personne humaine à jamais. Car à cet âge-là, tout est joué, le bonheur comme la tragédie…

Ironie, autodérision. Nous apprécions son style mordant qu’elle conservera dans le deuxième épisode de sa vie au Japon, « Ni d’Eve ni d’Adam » qui raconte son retour au pays de l’enfance, après seize années d’absence, où elle vivra une expérience amoureuse avec un « Tokyoïte très singulier », Rinri. Elle découvre sa richissime famille dont le père a «l’air d’une œuvre d’art contemporain » et les grands-parents sont « deux débris mabouls ».

C’est drôle et cruel. Enthousiaste aussi, tellement sa fascination pour le Japon est communicative. « La redécouverte d’un Japon ancien et silencieux me mit les larmes aux yeux. Sous le ciel si bleu, les toits lourds de tuiles en accolade et l’air immobilisé par le gel me disaient qu’ils m’avaient attendue, que je leur avais manqué, que l’ordre du monde se trouvait restauré par mon retour et que mon règne durerait dix mille ans. J’ai toujours eu le lyrisme mégalomane ».

Cette fascination confine au sublime dans l’ascension du Mont Fuji d’où elle contemplera, en vrai, le soleil levant. « Les yeux emplis de larmes, je contemplai le drapeau nippon perdre peu à peu son rouge pour déverser son or dans l’azur encore blafard. Amaterasu n’était pas ma cousine. »

Récit se déroulant à la même période, « Stupeurs et tremblements » nous dévoile les implacables règles de conduite et de travail d’une entreprise japonaise où l’héroïne descendra les échelons vers un enfer quotidien. C’est toujours drôle et cruel mais terriblement angoissant aussi.

Le film qu’en a tiré Alain Corneau en 2003 restitue parfaitement la satire, avec Sylvie Testud en occidentale humiliée et décalée par rapport aux codes nippons.

Admirée ou détestée, l’excentrique Amélie Nothomb laisse rarement indifférent.

Et vous, avez-vous lu quelques-uns de ses romans ?

43 Comment

  1. J’ai eu une période Amélie Nothomb, j’adorais son style et son univers très particulier puis je me suis lassée : chaque année c’était les même ficelles et les livres me semblaient plus creux. Les Cathilinaires reste un de mes préférés. Il y a quelques années, « Barbe bleue » m’a bien plu également.
    Sinon, j’ai lu le premier et le dernier (« Stupeurs et Tremblements » c’est excellent) de votre chronique mais je suis passée à côté de « Ni d’Eve ni d’Adam », je note !

    1. Nous avons bien aimé aussi « Les Catilinaires », moins « Mercure ». Bonne lecture de « Ni d’Eve ni d’Adam »!

  2. J’ai lu quelques romans de la Dame au chapeau. Je ne les ai pas tous aimés. Mais c’est vrai qu elle est bien excentrique.
    Bonne soirée Mesdames.

  3. Bonsoir, pour ma part je n’ai jamais lu un seul de ses romans !! Si je ne devais en choisir qu’un seul, lequel me conseilleriez-vous ? D’avance je vous remercie et vous souhaite de passer un très bon week-end.

    1. Comme nous le disons dans ce post, pour le moment nous préférons les romans à caractère autobiographique situés au Japon car nous apprécions son autodérision et sa passion pour ce pays. Le premier est « La métaphysique des tubes » sur son enfance au Japon. Le début peut paraître un peu rebutant mais il faut aller au-delà. Les deux autres romans se déroulent à la même époque lorsqu’elle est jeune femme, toujours au Japon. Ce sont des livres courts, environ 150 pages. Bonne lecture et très bon week-end à vous aussi.

  4. Bonsoir Matching Points, j’avoue que je n’ai lu aucun Amélie Nothomb. Pas tentée mais j’avais beaucoup apprécié le film de Corneau, l’adaptation de Stupeur et Tremblements. Bonne soirée.

    1. Ce qui est le plus agaçant est le parti pris de publier un court roman par an. Certains vite lus, vite oubliés. Les 3 romans « japonais » que nous aimons bien auraient pu être regroupés sous un même livre mais il y a la loi du marketing.

  5. Un bon auteur selon ma définition est celui que l’on peut relire plusieurs fois avec le même plaisir et un enchantement renouvelé de la découverte.

    Il y a quelques livres que j’ai relu 5 à 10 fois ; parmi ceux-ci il y a tous les David Lodge, Kate Atkinson, JC RUFIN, Éric-Emmanuel Schmitt, Tonino Benacquista, Jane Austin, Donna Tartt, mais pas Amélie Nothomb, bien que j’avais apprécié « La métaphysique des tubes » et « Stupeur et tremblements ». Il faut bien reconnaître que ses titres relèvent du grand art, mais je n’ai rien lu d’autres que ces 2 là.

    Cependant, grâce à votre article, je vais les relire, sait-on jamais… …
    En souhaitant, qu’elle ne finisse pas comme ce pauvre Philippe Delerm et sa première gorgée de bière » que j’ai déménagé au bout de 21 ans après une lecture bis effroyable. Désormais sa place dans ma bibliothèque est sur le rayon « Erreurs et Regrets ».
    Et encore il a de la chance ! Pas comme « truisme » de Marie Darrieussecq, qui a fini ses jours dans le composteur où il aura pu être utile à quelque chose.
    Je suis vraiment méchante, pauvres lombrics !

    1. Les relire ou ajouter « Ni d’Eve ni d’Adam » qui complète bien l’expérience japonaise.
      D’accord pour vos préférences et vos dégoûts. Il n’est pas facile de faire des choix de lecture parmi cette pléthore de livres qui sortent chaque année et qui bénéficient d’un battage publicitaire injustifié. On a souvent envie de retourner vers des valeurs sûres.

    2. La fin de ce commentaire m’a fait rire. Je pense que La dernière… ou première gorgée de bière devrait rejoindre Truisme… mais effectivement une intoxication pour ces pauvres lombrics ce n’est pas très gentil.

  6. Hey ! je viens de voir que j’avais aussi « Biographie de la faim » et « Cosmétique de l’ennemi ». J’avais complètement oublié – ce n’est pas bon signe.
    Maintenant reste à savoir pour qui …
    🙂

  7. Depuis 1992 et Hygiène de l’assassin, j’ai TOUT lu d’Amélie. J’adore la femme qu’elle est. J’ai deux livres dédicacés car quand elle passe chez moi je cours la voir. C’est la seule artiste pour qui je fais ça. Cest toujours un moment délicieux de lui parler.
    La dernière fois (j’allais mal), elle prend ma main entre les deux siennes et me demande droit dans les yeux :
    « comment allez vous ? »
    J’en aurais pleuré… C’était une VRAIE question. Évidemment j’ai répondu ce qu’on répond souvent en pareil cas :
    « ça va bien merci ».
    Du monde attendait… je n’allais pas la faire pleurer en lui racontant la version longue…
    Il manquait un mot dans mon livre.
    Sur le coup elle a paniqué et fait ouvrir les exemplaires sur la table. Tout allait bien, le mot y était. J’ai donc un exemplaire unique 🙂
    Évidemment j’aimerais qu’elle écrive un livre plus dense puisqu’elle écrit tous les jours… mais c’est comme ça…
    Je suis parfois déçue par l’histoire (jamais par le style) mais je continue à la lire et à l’aimer.
    Au sommet je place Métaphysique des Tubes, suivi de très près par Le sabotage amoureux et La nostalgie heureuse pour lequel j’ai fini en larmes.
    Je vous recommande le documentaire dans lequel elle part à la recherche de sa nounou japonaise de Laureline Amanieux : Amélie Nothomb une vie entre deux eaux.

    Désolée pour ce commentaire un peu long mais je suis amoureusement fan de cette fille.

    1. Au contraire ! Merci pour ce long commentaire. C’est aussi le témoignage d’une rencontre, nous pensions Amélie plus inaccessible. Au fil de tous ces commentaires on voit qu’elle ne laisse pas indifférent. Comme vous, nous aimons son style, surtout lorsqu’il est mordant, caustique et qu’elle pratique l’humour noir. C’est pour cela que nous avons moins apprécié « Mercure » par exemple. Nous allons suivre vos conseils de lecture et rechercher ce documentaire.

  8. Je ne connais pas cet auteur.
    Est ce une lecture facile ?
    Car je suis plutôt lecture détente.
    Par lequel faut il commencer ?
    Merci pour vos précieux partages.
    Bon dimanche sous le soleil !

    1. Nous avons commencé par « La métaphysique des tubes » mais son premier livre est « Hygiène de l’assassin » que nous n’avons pas lu. Notre post reprend la chronologie des romans ayant pour cadre le Japon. Bonne soirée

  9. Alors j’en ajoute encore 🙂
    Elle est accessible à un point inimaginable. Elle se fait violence chaque année pour rencontrer « son » public. Certains parlent de plan marketing. Je ne le crois pas un instant. Elle a la chance de pouvoir vivre de sa plume. La seule satisfaction de sortir de son antre chaque année est de rencontrer les lecteurs, j’en suis convaincue.
    Elle est d’une gentillesse et d’une simplicité, vous n’avez pas idée.

    1. Votre enthousiasme nous incite à suivre de plus près les sorties d’Amélie de son antre. Nous venons de nous procurer « Le sabotage amoureux » sur vos conseils.

  10. J’ai beaucoup aimé « le sabotage amoureux ».
    Amélie Nothomb a une forte personnalité que j’apprécie énormément.
    Je n’ai pas lu toute sa production : lassitude, peut-être à tort.

    1. Nous allons lire « Le sabotage amoureux » sous peu. Il faut peut-être étaler la lecture des livres d’A.Nothomb sur plusieurs années. il y a de quoi faire 😉

    1. Heureusement qu’il y a des auteurs pour chacun d’entre nous.

      A la suite de cette relecture décevante, j’ai écrit un tout petit pastiche en imitant le style  » La 1ère gorgée de bière et autres plaisirs minuscules » avec une chute à la Paulo Coelho.
      Cela m’a fait marrer toute seule; mais il m’en faut peu…

  11. je n’ai dû lire qu’un livre d’Amélie Nothomb « stupeur et tremblements » mais je n’ai pas accroché du tout et elle ne m’inspire pas, mais je lis souvent Ruffin le dernier est très bien, Schmitt et surtout Claudie Gallay elle écrit peu mais j’aime,
    Il y en a tant qu’il est difficile de choisir et ceux de Djemila Benhabib si vous êtes sensibles au sort des femmes arabes, je connais Djemila en plus elle vit au Canada mais vient souvent en France

    1. Il y a une telle production de romans de nouveaux auteurs que bien souvent nous hésitons à nous lancer et nous préférons en revenir aux valeurs sûres. Merci pour vos conseils.

  12. Bonsoir, je crois en avoir lu 3 que j’ai bien aimés mais je ne suis tout de mm pas accro : la Metaphysique des tubes, Stupeur et tr. bien sûr (et le film aussi fabuleux) et puis très différent, Le fait du prince, très bizarroïde mais sympa, sur l’usurpation d’identité! Bonne soirée à vous!

    1. Ces livres sont tous un peu « bizzaroïdes », mais ce qui fait leur originalité à l’image de leur auteur !
      Un bon dimanche à vous

  13. Elle a eu un succès fou au salon du livre La semaine dernière d’ailleurs. Les gens faisaient trois heures de queue pour elle. Apparement elle prend son temps fait la bise aux gens et échange longuement avec eux et boit régulièrement une coupe de champagne …
    bise bon weeekend

    1. Il paraît qu’elle est vraiment accessible. Lors des interviews de promotion pour la sortie de ses livres, elle est très loquace. Bonne reprise demain.

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