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[Cinéma] Une affaire de famille

Au retour d’une nouvelle expédition de vol à l’étalage, Osamu et son fils recueillent dans la rue une petite fille qui semble livrée à elle-même. D’abord réticente à l’idée d’abriter l’enfant pour la nuit, la femme d’Osamu accepte de s’occuper d’elle lorsqu‘elle comprend que ses parents la maltraitent. En dépit de leur pauvreté, survivant de petites rapines qui complètent leurs maigres salaires, les membres de cette famille semblent vivre heureux – jusqu’à ce qu’un incident révèle brutalement leurs plus terribles secrets…

On a l’impression que Kore-Eda Hirokazu , récompensé ici par la Palme d’or au dernier festival de Cannes, se laisse inspirer par le cinéma européen. Pour     »  Tel père tel fils  « , un de ses précédents films, l’intrigue de départ ressemble à celle de  « La vie est un long fleuve tranquille« .  Cette fois, nous pensons au cinéma néoréaliste italien avec « Voleurs de bicyclettes » de De Sica et les membres de la famille ressemblent à ceux d’ « Affreux, sales et méchants » d’Ettore Scola, l’humour noir en moins, laissant place à quelques scènes plutôt attendrissantes.

Nous voyons le Japon à travers une réalité économique et sociale rude, loin des habituels clichés du culte du travail et de la réussite, du clean et de la politesse. Dans ce pays il y a aussi des pauvres, pas très propres, vivant de petits larcins. Dès le début on a compris que les pauvres ont des sentiments, leur logis crasseux peut être accueillant et chaleureux.

Au delà de bons sentiments simplistes, le cinéaste construit une réflexion sur les liens affectifs, déjà au cœur de « Tel père, tel fils ». Les liens choisis ou fournis par le hasard peuvent être plus forts que les liens biologiques. Jusque là rien de très surprenant…

Le véritable intérêt du film, selon nous, est le jeu du cinéaste vis à vis du spectateur. Celui-ci est amené, dès le début, à déduire de façon plutôt logique quels sont les liens familiaux qui unissent les personnes chez qui la petite fille va trouver refuge. Avec une série de retournements se dévoile peu à peu une recomposition de cette cellule « familiale » vouée à l’explosion. Nous n’en dirons pas plus, ne dévoilons pas à notre tour les secrets qui vont amener des changements dans le comportement de certains personnages et approfondir ainsi leur psychologie.

Malgré quelques longueurs et des scènes répétitives, on est pris par le récit et le jeu des acteurs. Les enfants sont remarquablement dirigés.

Une fois de plus une Palme d’or « sociale » décernée parmi les strass et paillettes de la Croisette. D’année en année nous ne pouvons nous empêcher d’ironiser sur l’union contre nature du misérabilisme et du bling bling…

 

 

 

 

25 Comment

  1. Je n’ai pas vu ce film et ne peux donc émettre un avis, en revanche je suis bien d’accord avec votre conclusion ! Le monde du cinéma aux budgets souvent colossaux n’essaye-t-il pas, de plus en plus, de se donner bonne conscience au risque de tomber dans la démagogie ?! Bonne soirée.

    1. Notre critique vient d’être refusée par le site d’Allociné sur lequel nous avons l’habitude de laisser l’intégralité de nos posts sur le cinéma. Il faut croire que tout le monde n’est pas de cet avis ! Bonne soirée.

  2. Je suis beaucoup plus enthousiaste que vous.
    Aucune longueur en ce qui me concerne.
    Un des plus beau film que j’ai vu cette année.
    Et heureusement que le jury de Cannes parvient à dépasser le bling bling en récompensant des films « sociaux »..
    Les festivals c’est souvent du strass et des paillettes.
    Je ne comprends pas bien votre ironie à ce sujet. Enfin, si, je comprends les mots mais pas l’idée. Selon vous ils se donnent bonne conscience en primant de tels films ?

    1. Le comique de situation nait souvent de contrastes. La confrontation de ces deux mondes, l’un symbole du luxe récompensant la représentation de la misère de l’autre suscite en nous une certaine ironie. Nous ne cherchons pas d’explication psychologique au palmarès de Cannes qui se répète au cours des années. Nous constatons…
      Cette remarque a trouvé un écho dans le roman de Virginie Despentes « Vernon Subutex 1 » : « Cannes, se disait Xavier, c’est la fête de la saucisse avec des putes en Louboutin. Tous à dégueuler leur caviar, le nez plein de coke, après avoir récompensé du cinéma roumain. ». Nous restons nettement plus modérées.

  3. Des putes en Louboutin… elles ont du être ravies de lire ça. Enfin j’aime bien Despentes et je sais qu’elle aime la provoc.
    Tous les 4 ou 5 ans c’est effectivement un film social qui est primé (ok Dheepan (un mauvais film) et Moi, Daniel Blake ne datent pas de 4 ou 5 ans) mais sinon ce n’est pas le cas je trouve.

  4. Ahaha c’est vrai que les stars aiment bien les films sur les pauvres …
    J’ai beaucoup aimé ce film, après quelques déceptions, je trouve qu’il revient au niveau de son Tel père, tel fils avec cet opus !

    1. Nous partageons totalement votre trait d’humour 🙂 . Le film reprend le thème principal de « Tel père, tel fils » : filiation biologique ou de hasard. Il est du même niveau avec une classe sociale beaucoup plus marginalisée

  5. Bonjour Matching Points, comme je l’ai écrit, ce n’est pas mon film préféré du cinéaste. Pendant toute la projection, je me suis dit : la Palme d’or pour ce film, je n’en reviens pas. Les acteurs ne sont pas en cause mais j’ai préféré The Third Murder par exemple. Bonne journée.

    1. Nous n’avons pas vu The Third Murder. Quand à l’attribution de la Palme d’or, ça peut bien sûr se discuter…presque comme chaque année ! Bonne soirée

  6. Haha! J’aime beaucoup votre « cynisme réaliste » les Matching. Je suis tout à fait d’accord de l’emprise de la bienpensance chez la haute qui se frottille contre la misère…
    Bon, je n’ai pas vu ce film (un de plus) mais j’aimerais beaucoup le voir quand même pour me faire mon avis…
    Bonne soirée!

    1. Nous acceptons avec grand plaisir votre compliment ! Nous attendons avec impatience votre compte-rendu personnel. Bonne soirée

  7. J’ai vu ce film la semaine dernière dans le cadre du festival Télérama, J’ai trouvé que c’était un bon film je l’ai apprécié, mais je ne lui aurais pas donné la palme. J’ai également fait une chronique sur « une affaire de famille » dans ma rubrique cinéma.

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