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[Voyage] Retour d’Iran 3

Et les hommes ?

Voilà ceux qui sont omniprésents.

L’Imam Khomeini, que la France a hébergé à Neauphle-le-Château avant son retour en Iran pour assumer les fonctions de Guide Suprême après le départ du Shah. En remerciement (?), la rue où se trouve l’ambassade de France s’appelle Neauphle-le-Château Street.

L’Imam Khamanei, son successeur, l’actuel Guide Suprême qui détient tous les pouvoirs, aidé par les Pasdarans (Gardiens de la Révolution), qui contrôlent les forces économiques du pays.

Côte à côte, leurs effigies sont partout. Dès l’arrivée à l’aéroport, appelé « Imam Khomeini », sur tous les monuments publics, dans les hôtels aussi …

Leur turban noir signifie qu’ils sont les descendants du Prophète.

Inférieurs dans la hiérarchie, les mollahs au turban blanc (qui ne descendent pas du prophète) sont accueillants dans l’ensemble.

Omniprésents aussi, les panneaux qui rappellent les visages (toujours souriants) des martyres de la guerre Iran-Irak qui a fait plusieurs millions de morts dans les années 80.

Leurs familles et descendants jouissent de prérogatives importantes.

Et l’homme de la rue ?

Difficile d’en tracer un portrait.

Sauf lorsqu’il est en famille,

il ne sera pas présent sur nos photos. Regards insistants ou fuyants nous ont découragées. Sous le régime de la Charia, les relations hommes/femmes ne sont pas si naturelles. Comme nous l’avons dit dans le post précédent, ils sont souvent séparés dans les espaces publics : une file homme, une autre femme pour passer le contrôle de police à l’aéroport ; dans les bus, les hommes sont devant, les femmes regroupées à l’arrière, des piscines séparées bien sûr. En somme une sorte d’apartheid.

Hommes et femmes se rejoignent dans leur goût pour se faire refaire le nez. Ils et elles sont nombreux à arborer un pansement blanc sur le nez, c’est hype !

Bien qu’il y ait de plus en plus de jeunes filles diplômées, la femme reste un être dépendant. C’est son mari qui doit renouveler le passeport de son épouse tous les 4 ans, pas un an de plus et elle ne peut pas le faire seule. Mais le divorce est permis, en général c’est la femme qui le demande. Les couples ont souvent recours à un psychologue pour régler leurs problèmes.  La télé-réalité existe !

L’avortement est interdit… chanter ou  faire du vélo aussi, cela pourrait attirer de la concupiscence ! La liste des interdits est longue…

Gardons le souvenir de ce papy joueur de flûte, si heureux qu’on lui accorde quelques instants d’attention.

Rappelons-nous que ce pays fut celui des poètes et conteurs persans. Nous sommes allées au Mausolée d’Hafez à Chiraz écouter les iraniens réciter ses poèmes qui parlent d’amour, de vin et d’ivresse…

En effet, malgré le régime théocratique, il y a une permanence de symboles culturels en apparence contradictoires avec ce gouvernements et ses règles rigoureuses. On retrouve dans les miniatures la représentation du jardin persan, tel un paradis perdu, lieu de rencontres musicales et  amoureuses.

Carrefour entre la Turquie, l’Asie Centrale et l’Inde, lieu de syncrétisme religieux et artistique, l’Iran est un pays inépuisable sur le plan culturel, fascinant par son Histoire millénaire et son Histoire récente.

Les récentes sanctions et l’embargo rendent aujourd’hui la vie plus difficile : inflation galopante, manque de médicaments, 40 % de la population vit maintenant au-dessous du seuil de pauvreté. Et pourtant c’est le quatrième pays producteur de pétrole et le deuxième pour le gaz, il y a des mines d’or et de cuivre, du caviar, des pistaches et du safran…

Il faut répéter que les iraniens sont dans l’ensemble accueillants, c’est un peuple qui a beaucoup souffert et dont l’avenir est, à ce jour, incertain…

Car le Temps est une carafe :
est-ce de sang, est-ce de vin ?

Hâfez de Shiraz, Le Divân.

26 Comment

    1. Les femmes ne sont pas impudiques, elles vont à la rencontre des autres femmes touristes pour échanger ou simplement sourire. Nous ne qualifierons pas de pudique le comportement des hommes dont les regards sont parfois gênants. Les touristes hommes doivent éviter les shorts ; comme nous y étions en novembre le problème ne s’est pas posé.

  1. Merci encore une fois de partager avec nous vos impressions et votre vécu.

    Comme dans de nombreux pays dans le monde, le contraste voire la lutte entre tradition et modernité semble très présent.

    La pauvreté aussi, malheureusement.

    Vous ne parlez pas beaucoup des enfants. C’est pour le « Retour d’Iran » 4 ?

    1. L’Iran est un pays de traditions. Certaines, toujours en vigueur, remontent à des religions pré-islamiques comme le zoroastrisme. Malgré cela, beaucoup ressentent la loi islamique comme une régression. Il s’agit maintenant plutôt d’une lutte entre régression et modernité.
      Les petites filles doivent être voilées à 7 ans, c’est-à-dire dès l’entrée à l’école primaire. Elles ont un voile blanc. Adolescentes, le voile est bleu-marine ; dans les villes plus religieuses nous en avons vu en tchador noir. Nous n’avons pas de photos d’enfants pour un Iran 4 😉

  2. Vraiment des moeurs encore bien différentes des notres .
    Mais il.est intéressant de connaître ces cultures si lointaines .
    J’avoue que je ne suis pas tentée malgré les belles choses que vous nous avez montré.
    Je préfère les voir sur vos articles .
    Merci de partager .
    Belle journée !

  3. Pudique les hommes ! J’ai failli rire…
    Ils profitent bien de toutes les prérogatives qu’ils ont sur les femmes (voir La permission)..
    C’est un pays où je n’irai jamais. Je passerais mon séjour en colère. Et pourtant il y a de bien belles photos de Père Noël partout grâce à qui ce pays à fait un bond de plusieurs siècles en arrière. Ce qui très bien montré dans un film d’animation récent (Pavana je crois).
    J’apprécie votre façon de réussir à rester en retrait.

    1. Merci. Il faut en effet être très motivé pour y aller et en accepter les lois. Ce n’est toutefois pas le seul pays où les hommes obligent les femmes à se voiler…

  4. Cette description pourrait s’appliquer à de nombreux pays musulmans, c’est vrai que des choses qui nous paraissent très simples ,comme d’aller à la piscine en famille, deviennent compliquées ! Bon week-end.

    1. Peut s’appliquer à de nombreux pays où vivent (tout simplement) les musulmans. La différence avec l’Iran est que ce pays est passé d’une grande liberté « à l’occidentale » à l’obscurantisme. Les jeunes iraniennes des années 80 ne sont pas du tout habillées comme leurs mères l’étaient dans les années 60.

    1. Merci. C’est en effet un pays plein de paradoxes, ce qui le rend si intéressant outre son exceptionnelle richesse culturelle.

  5. Merci pour cette découverte. Je crois qu’il faut apprécier la culture de ce pays sans juger leur façon de vivre. Pour nous, la condition des femmes est inacceptable mais si nous regardons les vies stressantes des européennes, cette charge mentale qui pèse sur elles , les journées à rallonge, parfois ce n’est pas loin de l’esclavage.

    1. Les iraniennes qui veulent plus d’indépendance par le travail font le choix de l’enfant unique, ce qui commence à poser un problème démographique.

    1. Les iraniens « modernes » le considèrent eux-mêmes comme une régression. Ils pensent que ça changera mais pas tout de suite…

  6. Merci pour cet article … écrit avec un recul que j’admire ! Ne pas pouvoir faire de vélo, mais qu’est ce que je serais malheureuse … ma remarque reste anecdotique au vu de ce que vivent les femmes dans ce pays. C’est effrayant mais hélas tellement réaliste !

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