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[Lecture] Eva dorme, Eva schläft, Eva dort

C’est la première fois que nous nous livrons à une lecture bilingue italien/allemand. Ce roman s’y prêtait parce qu’il parle justement d’une région bilingue, le Südtirol ou Haut Adige. Une région du Nord de l’Italie, que l’une de nous deux connait bien, chaque année elle y passe une belle semaine de ski près des majestueux sommets enneigés des Dolomites et rapporte de temps en temps matière à un post ici  et ici   ….

Eva, une belle quadragénaire italienne se remémore les événements familiaux en même temps qu’elle parcourt un siècle d’Histoire de sa région natale, le Haut-Adige-Südtirol, pendant un long voyage qui la conduit en Calabre où elle va retrouver Vito, le seul homme qu’elle a connu pendant trop peu d’années en tant que père.

« Je n’ai pas eu de père, ni lors de ma naissance, ni après avec Vito. Je n’ai pas eu de mari ni d’enfants. Je n’ai pas eu de frères ou de sœurs avec qui j’aurais pu partager le difficile sort d’être la fille de cette mère »

Le premier roman de Francesca Melandri raconte une enfance dans cette région si particulière où elle-même a vécu, enfance marquée par l’amour maternel, la lutte contre la pauvreté, les préjugés et l’orgueil, mais relate aussi des événements historiques, extrêmement bien documentés.

L’histoire de Gerda qui, dans des conditions difficiles, met au monde hors mariage un enfant, Eva, nous a passionnées tout de suite.

« C’est de sa faute. Tout est de sa faute. Tout, mais vraiment tout est de sa faute. Je maudis le jour où je suis née, parce que ce jour-là, Gerda Huber est devenue ma mère » 

Mais le roman dépasse le cadre de l’histoire d’amour et des liens mère-fille. Il nous raconte aussi les vicissitudes d’une minorité linguistique.

L’histoire de la famille commence en 1919, quand Hermann, le grand-père d’Eva, avait 11 ans, l’année où le Südtirol fut enlevé aux Autrichiens vaincus pour le donner à l’Italie contre la volonté des habitants de la région, de langue et de culture germanique. Après l’arrivée de Mussolini, le régime impose l’italianisation à outrance par des mesures de violence et de répression, sans tenir compte de la spécificité de ce pays. Lors de l’Anschluss les deux dictateurs permettent à ceux qui le veulent d' »opter » pour la citoyenneté allemande. Ensuite c’est la guerre et les déchirements entre « optants » et « non optants », la Résistance et le terrorisme des années 70, enfin le développement du tourisme…

L’Histoire de cette annexion difficile se déroule en parallèle avec la vie des deux femmes qui défile lors de ce long voyage solitaire en train tout au long des paysages variés de l’Italie. Flash-back et présent alternent, voyage en train et voyage dans le temps, grande Histoire et petites histoires de la vie quotidienne et des traditions locales. Seulement quand elle sera arrivée à destination après avoir parcouru 1.397 km, le voyage d’Eva se conclura. Et c’est seulement après avoir revu Vito, le grand amour impossible de sa mère et son père remplaçant qu’elle pourra se réconcilier avec elle même et son passé ….et elle pourra enfin dormir.

Nous aimerions avoir l’avis d’autres lecteurs. Personnellement, nous étions sensibilisées par le sujet, pour l’une la connaissance de la région, pour l’autre l’abondance de citations en langue allemande. Cette épopée violente, déjà mal connue des italiens, peut-elle séduire un public français ? Nous le souhaitons.

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23 Comment

  1. Devons nous en conclure qu’elle meurt? Je ne connais pas cette région ni votre langue…alors lire ce livre cela sera une découverte pour moi! Bon weekend sous le soleil bienvenu

    1. Nous avons déjà dévoilé une partie de la fin ;). Nous vous souhaitons bonne lecture et attendons avec impatience vos impressions.

  2. Cela peut-être très intéressante, il à l’air de traiter d’une partie de notre histoire que l’on connait peu.
    Après la trilogie des Ken Follet, je me vois bien lire ce livre.

    1. C’est l’histoire d’un « coin » d’Europe mal connu mais c’est quand même moins épique que les Ken Follet ! Bonne lecture, dites-nous ce que vous en pensez !

  3. Bon, si je comprends bien, vous êtres trilingues mesdames ? Je suis bluffée !!!
    Bon, sinon, j’ai noté il y a quelques jours de lire « Plus haut que la mer » du même auteur, critique que j’ai lue sur je ne sais plus quel blog. Peut-etre que je devrais lire les deux …

    1. Pas exactement! Pour la précision, l’une parle couramment le français et l’allemand, l’autre le francais et l’italien. Et comme nous avons toutes les deux des liens familiaux en Grande-Bretagne nous nous efforçons de lire et parler anglais. Plus haut que la mer semble être un thème complètement différent. Nous allons poursuivre la découverte de cet écrivain.

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