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[Cinéma] Le labyrinthe du silence

Bien sûr, nous sommes allées avoir ce film allemand !

Allemagne 1958 : un jeune procureur découvre des pièces essentielles permettant l’ouverture d’un procès contre d’anciens SS ayant servi à Auschwitz. Mais il doit faire face à de nombreuses hostilités dans cette Allemagne d’après-guerre. Déterminé, il fera tout pour que les allemands ne fuient pas leur passé.

A partir d’un fait historique, le munichois Giulio Ricciarelli a fait un film sur l’ignorance, le refoulement collectif et sur le courage. C’est un film allemand important et émouvant, qui navigue entre fiction et drame historique – le journaliste et le procureur général Fritz Bauer sont des personnages historiques, Johann Radmann par contre est une synthèse de plusieurs procureurs, ici un beau jeune homme, idéaliste, entier. Le film rend hommage aux personnes qui ont obligé les allemands à se regarder dans le miroir de leur histoire. Beaucoup d’anciens responsables avaient réintégré la jeune République Fédérale en toute impunité !

C’est le début du miracle économique allemand, la guerre semble loin, il y a certes encore des ruines et des mutilés de guerre, mais aussi de belles voitures et des jolies robes, les gens ont envie d’oublier, on ne veut rien savoir des ombres du passé, de culpabilité et d’expiation. « Ce pays veut un glaçage sucré », dit un rescapé résigné. Les vieux refoulent, les jeunes ne demandent pas. Un officier américain conseille de changer de cible, ce sont les russes les nouveaux ennemis, les alliés aussi ont une part de responsabilité dans cet arrangement.  Des mensonges, le silence, le refus de vérité, « voulez-vous que chaque jeune se demande si son père était un meurtrier ? » et lorsqu’il y a des rumeurs, c’est de la propagande des vainqueurs…

Le but du jeune procureur est de trouver Mengele, le médecin du camp, connu pour ces atrocités, parce que « il est Auschwitz« .  Mais Bauer répond clairement « Non, tous ceux qui ont participé, qui n’ont pas dit non, ils sont Auschwitz ».

Le film est classique dans sa construction, linéaire, avec une reconstitution très soignée.  Il nous montre la longue instruction méticuleuse et difficile. Auschwitz, personne ne savait ou connaissait, il fallait trouver les victimes pour identifier les coupables. Les témoignages font partie des moments forts du film, ils sont réduits à l’essentiel, la caméra fixe les lèvres, la secrétaire et le jeune procureur sont épouvantés, le sentiment d’horreur s’installe parce que le spectateur connait la vérité. Un autre moment fort est lorsque Radmann et le journaliste juif lisent ensemble une prière juive devant le camp d’Auschwitz.

Ce film a le mérite d’éviter le cliché du méchant allemand, de se montrer nuancé dans les portraits et devant la complexité de l’histoire – Radmann arrive à se demander, « qu’aurais-fait à leur place » ? Et en même temps, il sent le poids d’une culpabilité collective.

Le film finit sur une scène de victoire, tant d’obstacles ont été vaincus. Il s’arrête au début du procès qui n’en est que l’aboutissement.

On est captivé du début à la fin, saisi par l’émotion par moment, ému par les bons acteurs comme  Alexander Fehling en jeune juriste, mais surtout Gert Voss, le procureur général, un des grands acteurs de langue allemande, dont ce fut malheureusement le dernier rôle.

Nous pensons bien sûr aux films Le liseur et  Hannah Arendt, dont nous avons parlé  ici qui traitaient aussi de l’Allemagne, de l’après-guerre et de la culpabilité collective.

Personnellement (c’est la partie germanique de Matching Points qui parle), je n’ai que des souvenirs vagues de ce procès, j’étais encore enfant.  Je fais partie de ceux qui quelques années plus tard justement bénéficiaient de l’enseignement de jeunes professeurs qui soulevaient ces grandes questions. Le sentiment d’obscurantisme face à l’histoire, nous le rencontrions encore face aux anciens, comme je l’ai mentionné    ici

Un film  à voir, et pas seulement pour les germanophiles et germanophones …

30 Comment

    1. On vous le recommande ! Mais il ne faut pas qu’il soit trop jeune pour apprécier ce genre de film ; en plus, il sera sûrement en VO…

  1. Je l’ai vu ce we et ait beaucoup aimé ! Un vrai film historique qui nous tient en haleine du début jusqu’à la fin , excellent !

  2. Le film est passionnant et juste, et votre billet est un beau cadeau que vous nous offrez. Merci de tout coeur.

    1. C’est un mois de mai bien court, en effet…Mais si vous l’occasion et une soirée de libre, allez voir ce film ! Bonne nuit

  3. Voilà une critique très agréable à lire et qui correspond très bien à l’avis que je me suis fait du film que j’ai trouvé intelligent et très soigné. Certains ont critiqué le côté académique et presque trop classique de ce film, moi je considère que ça sert un sujet qui demande justement un certain sérieux !

    1. Ce film n’a pas besoin d’actions spectaculaires – le sujet grave suffit en lui-même, tout est dit indirectement ! Merci pour votre commentaire et à bientôt

  4. Un prochain voyage à Berlin et votre compte tendu élogieux m’incitent à aller voir ce film subito. Et avec Mr. cette fois-ci 😉 Bonne fin de semaine Mesdames.

    1. Quelle responsabilité de faire une critique d’un film…ce n’est pas non plus un film d’action, mais il y a une histoire, une intrigue, Monsieur n’aura pas le temps de s’ennuyer. Bonne journée et bon film

    1. En effet, un film assez classique dans sa construction, mais qui permet de concentrer l’attention sur son contenu ; pas besoin d’effet spéciaux ! A bientôt

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