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[Cinéma] Ma vie avec Liberace

Avant Elvis, Elton John et Madonna, il y a eu Liberace : pianiste virtuose, artiste exubérant, bête de scène et des plateaux télévisés. Liberace affectionnait la démesure et cultivait l’excès, sur scène et hors scène. Un jour de l’été 1977, le bel et jeune Scott Thorson pénétra dans sa loge et, malgré la différence d’âge et de milieu social, les deux hommes entamèrent une liaison secrète qui allait durer cinq ans. « Ma Vie avec Liberace » narre les coulisses de cette relation orageuse, de leur rencontre au Las Vegas Hilton à leur douloureuse rupture publique.

En regardant l’affiche, on serait tenté de se dire, voilà seulement un remake de la « Cage aux folles« , mais nous avons fait confiance à Steven Soderberg, Michael Douglas et Matt Damon !

C’est l’histoire vraie et incroyable de Wladziu Valentino Liberace, le Clayderman américain, star à Las Vegas, qui fut pourtant inconnu chez nous, parce que c’était une star à l’américaine, avec sa démesure, les excès de sa vie et ses goûts, ou plutôt, ses mauvais goûts ! Celui qui a eu l’occasion de voir Las Vegas dans ces années 50-70, peut témoigner de ce kitsch dans ce qu’il y a de pire.

Mais le film raconte surtout une love story  entre la star et un jeune homme, Scott Thorson, gay et abandonné, à la recherche d’un père ; il va donc vivre avec  cet artiste de 40 ans son ainé, pour devenir son homme à tout faire, en s’abandonnant   même physiquement en acceptant la chirurgie esthétique pour arriver à une symbiose parfaite. Thorson, dont les mémoires ont servi pour le film disait : « C’était comme des rapports père-fils, mais il y avait du sexe. » Comme un père, Lee veut assurer son avenir et a le projet de l’adopter.

Le film montre une histoire de couple, avec ses disputes, ses crises de jalousie, mais d’un couple gay – on n’en parlait pas encore ouvertement dans ces années-là ; le déclic en Amérique fut la mort de Rock Hudson atteint par le virus du Sida, cette mort est mentionnée dans le film. Et Liberace, malgré tous ses excès, n’a jamais eu le courage de faire son coming-out  parce qu’il savait très bien que son public n’était pas prêt à entendre une telle vérité et ne le lui pardonnerait pas. Lee et Scott vivaient comme un vieux couple, mangeant des corn flakes à la maison devant la télé –  il y a tant de tendresse dans cette scène, où les deux trouvent trouvent de la chaleur et du réconfort.

Mais comme pour d’autres  couples, l’idylle ne va pas durer, et Scott sera éjecté, d’autres Scott vont suivre…

Ce n’est donc pas une comédie même s’il y a quelques scènes drôles, mais une histoire d’amour tragique, extraordinairement bien servi par deux grands acteurs : Michael Douglas en homme vieillissant, égocentrique, libidineux, mégalo, et finalement très touchant à la fin. En posant sa voix  et avec une diction maniérée, il trouve un équilibre pour ne pas tomber dans la caricature facile. Certainement ce rôle représentait bien davantage pour cet acteur sorti d’une grave maladie ; aurait-il  accepté ce genre de rôle avant ?

Matt Damon, a eu le courage d’accepter un tel rôle au risque de casser une image de jeune acteur dynamique. Il  est parfait en jeune homme perdu et amoureux, qui tombe sous l’emprise des  drogues et s’enfonce ainsi dans une lente descente aux enfers, parce qu’il se sent en cage au début et ensuite, parce qu’il sent que son mentor s’est lassé de lui !  Toute sa révolte, sa détresse  et sa tendresse sont dans son regard.

Bien sûr, les maquilleurs ont du se régaler tant les transformations des acteurs sont parfaitement réalisées. Avec les costumiers, ils se sont tout simplement surpassés, ce qui n’est pas peu dire dans l’univers des studios américains  – et en même temps, quelle critique de la chirurgie esthétique !

Soderberg avait dit qu’après Ma vie avec Liberace  (Behind the Candelabra, le titre original) il arrêterait.  Il aurait donc bouclé la boucle après « Sexe, Mensonges et Video », parce que là aussi c’est presque un huis-clos ?  Mais quel dommage si c’était vrai !

Nous ne comprenons vraiment pas, pourquoi ce film – distribué à la télé aux USA – n’a pas reçu le moindre prix à Cannes où pourtant l’homosexualité a été mise à l’honneur et théâtralisée à l’excès à l’occasion de la soirée du Palmarès !

 

 

 

 

 

 

 

 

36 Comment

  1. bonjour,
    je ne suis pas spécialement ‘fan’ de Mickael Douglas et même si j’apprécie Matt Damon, l’affiche, la promo et les quelques polémiques cannoises m’avaient fait mettre le film de coté … sans grande envie, j’y suis allée quand même… et pas déçue, les 2 acteurs sont justes, le travail des costumes, du maquillage et du scénario sont irréprochables de justesse aussi mais j’ai trouvé cette histoire d’amour tellement profondément triste que j’en suis ressortie assez bousculée

    1. En sortant de la salle, on s’était dit, bon film, mais vite oublié ! Mais nous en parlons encore beaucoup, pour cette incroyable reconstitution d’une époque, pour le jeu des acteurs, et il est vrai, pour cette histoire d’amour bien triste !

  2. J’ai lu des critiques avec des avis mitigés et du coup, j’ai préféré voir « Blue Jasmine » … mais je ne suis pas vraiment sûre d’avoir fait le bon choix, c’est un bon film mais il manque un tantinet d’émotion !

    1. On peut reprocher à ce film de rester trop en surface, de s’attarder aux apparences. Mais cela correspond peut-être au show-bizz en général, mais surtout à cette ambiance bien particulière de Las Vegas. Comme nous ne connaissions pas ce personnage, nous avons cherché sur le net, et vraiment, Mickael est tout simplement Liberace !
      Pour « Blue Jasmine », tant pis, on court le risque – on vous dira ce que nous pensions !

    1. …tandis que pour nous c’était un parfait inconnu, peut-être aussi parce ce que nous raffolons pas tellement de ce genre de spectacle 🙂

  3. Oui, effectivement, on est tenté de faire un rapprochement avec la cage aux folles en voyant ce film à l’affiche. On peine à reconnaitre M. Douglas. C’est à peine croyable !
    Hier, dans la rue, je me disais il faudrait que je fasse un billet pour expliquer pourquoi je ne vais plus au cinéma… car je vieillis me suis-je dit et j’ai perdu le fil. Pourtant ce matin dans un journal, je lis quelque chose qui va dans mon sens. Le cinéma n’apporterait plus la même satisfaction qu’auparavant.
    Si j’ai du temps, je détaillerai cette impression.
    Bonne soirée à vous.

    1. Est-ce par rapport à l’âge ou par rapport aux priorités que l’on a à certains moments de notre vie ? On vous suit depuis un certain temps sur votre blog et les soucis de travail ne vous laissent pas beaucoup de temps à consacrer aux loisirs. Et ces quelques précieux vous préférez peut-être les réserver à la lecture par exemple ?
      Nous attendons votre billet 🙂

  4. J’ai très envie de voir ce film , pour l’histoire qui a l’air passionnante et pour Matt Damon qui est un excellent acteur que j’affectionne tout particuliérement. Le voir dans un registre un peu différent de d’habitude attise ma curiosité !

  5. J’avais projeté d’aller voir ce film cette semaine, mais faute de temps, je n’ai pas pu… Toutefois, ce n’est que partie remise ! Personnellement, j’apprécie beaucoup l’atmosphère des années 70. A vrai dire, c’est ce qui m’attire surtout dans ce film où la reconstitution de cette époque semble être très réussie. Les costumes de scène (et même ceux du quotidien !), tous plus fous les uns que les autres, nous font traverser le temps et replonger dans une époque où le kitsch et la démesure étaient à l’honneur. Au moins, les gens – et pas seulement une poignée d’artistes loufoques – se donnaient de la peine pour plaire et soignaient leur apparence en portant des tenues aux couleurs vives et gaies. Ce n’est pas comme maintenant où dans la vie de tous les jours, la moindre petite pointe d’originalité vestimentaire est montrée du doigt et où l’on vous toise de la tête aux pieds si vous ne vous habillez pas de manière triste et convenue… Les temps sont devenus bien moroses et malheureusement, les vêtements à la mode ne respirent pas non plus la joie de vivre !!!

    1. On le sait bien, la mode reflète bien son époque! A l’heure actuelle, la mode semble souligner l’ambiance morose, ou bien au contraire, essaie de faire oublier le triste quotidien.
      Dans ce film, les vêtements sont très gais, certes, mais en ce qui concerne le goût, ce sont des vêtements de scène pour le goût d’un certain public américain ! Nous serons curieuses de connaître votre verdict – à bientôt donc !

  6. Votre article est super !
    J’ai aimé Michael douglas, mais j’ai un petit souci avec Matt damon, sans savoir bien lequel.
    Je l’ai bien aimé ce film mais il n’a pas provoqué d’émotions, c’est surtout que je n’en retiens rien …

    1. Merci du compliment 🙂
      Nous avons apprécié les deux acteurs ; quant à l’émotion, il est certain, elle n’est pas le seul point fort du film. Toute la reconstitution des ces années et du monde du show-bizz prend beaucoup de place.

  7. En effet quelle atmosphère et quels acteurs! Je suis bien curieuse…
    Je découvre votre blog, après vous avoir vues 3-4 fois commenter sur mes blogs préférés!

  8. Oui, bonne critique, merci Mesdames…jamais entendu parler de ce pianiste avant le film …mais bon dans les années 70 j’écoutais Slade, T.Rex et Alice Cooper..
    Envie de voir le film, rien que pour le jeu exceptionnel de M.Douglas.

    1. T.Rex et co – ça change de registre…!:) Il faut plutôt aller dans la direction d’Elton John pour trouver quelques similitudes en point de vue vestimentaire , mais dans un dégrée bien moindre !
      Bon week-end

  9. Voilà un petit moment que je ne suis pas allée au cinéma… Les titres, les critiques me font envie, puis les jours passent et voilà. J’attends d’être en vacances pour me laisser tenter.

    Merci pour le partage de votre opinion!

    Bon weekend

    1. Il y des moments comme ça, trop de choses à faire !
      Cela faisait un moment que nous n’étions pas trop allées au cinéma, la faute à la programmations et comme vous, par manque de temps ! La télé permet parfois des séances de rattrapage
      Bon week-end

  10. Bonjour Matching points, j’espère bien que Soderbergh ne va pas s’arrêter là. Après Effets secondaires et ce (télé)film ci, ce réalisateur confirme une fois de plus que c’est un grand. Bonne après-midi.

  11. Le film a eu de très bonnes critiques en Angleterre, surtout pour la performance de Michael Douglas. Certains le voit même remporter un BAFTA ( les oscars britanniques).

    1. Merci pour votre commentaire toujours aussi gentil !
      Il est vrai qu’il faut du temps pour aller au cinéma, le DVD permet de choisir ses heures, sur son canapé, et vu le temps, bien au chaud…

  12. Cannes doit préférer les jeunes femmes et les polémiques (qui ont été nombreuses autour du film primé cette année).
    Je ne pense pas qu’un tel film puisse casser l’image de deux grands acteurs comme Damon et Douglas, ils ont prouvé qu’ils pouvaient tout jouer.
    Il me tarde de voir ce film surtout après votre article.

    1. Ces deux grands acteurs étaient jusque là dans un registre plutôt hétéro et franchir le pas est peut-être plus risqué aux USA qu’ici. Quant au triple primé de Cannes nous restons sceptiques et, même sans avoir vu le film, nous partageons la phrase lapidaire d’Eric Neuhoff dans le Figaro http://www.lefigaro.fr/cinema/2013/10/08/03002-20131008ARTFIG00010–la-vie-d-adele-le-zele-du-desir.php : « C’est un bel objet de scandale, monté de toutes pièces », rien qu’en ayant assisté aux effusions des comédiennes sur la scène du Grand Palais du Festival !!!

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