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[Cinéma] La grande bellezza

A Rome, Jep Gambardella est un roi. Le roi des mondains, grand séducteur, journaliste à succès. Dans sa jeunesse, il a écrit un roman, L’Appareil humain, qui lui a valu un prix. Depuis, il ne sait pas très bien quoi faire de sa vie, s’évertuant à gâcher son talent, passant l’essentiel de son temps à observer, d’un regard à la fois cynique et désabusé, cette faune romaine qu’il connaît si bien. Jep le magnifique, en somme, qui, comme Gatsby, connut le grand amour, mais qui jamais ne mit sa vie en danger. (Le Monde)

Ce long film (2h30) de Paolo Sorrentino renoue avec le grand cinéma italien de Fellini et de Scola ; tous ont filmé Rome, ses splendeurs et sa décadence. On retrouve les personnages caricaturaux, les fêtes et la démesure de Fellini (« La Dolce Vita », « Fellini Roma »), mais aussi la fête délirante du roman d’Ammaniti (cité d’ailleurs dans le film) « La fête du siècle ». On retrouve aussi les débats des films de Scola (« La Terrazza ») autour de ce que l’on a été et qu’on ne sera plus, des ambitions que l’on n’a pas pu ou pas su réaliser. Comme dans « La Dolce vita » le héros (Toni Servillo) à la fois désabusé et mélancolique porte un œil critique sur la vanité des mondains qu’il fréquente : ancienne vedette des show berlusconiens botoxée et droguée, cardinal plus préoccupé de recettes de cuisine que de spiritualité, nobles déchus qui se louent à la soirée. Sa quête d’une relation amoureuse est anéantie par la mort, sa recherche d’inspiration trouve un obstacle dans la vie romaine au milieu des corrompus. Il se voit vieillir et  fait le bilan de sa vie : « ma vie est un fleuve qui ne va nulle part »

Nostalgie, mélancolie représentées à travers le fleuve et la mer mais aussi un humour qui se déchaîne sur les snobs et un anticléricalisme typiquement italien que nous avons trouvé trop insistant à propos du personnage de la Sainte (mais, la voir dans un fauteuil d’Emmanuelle, une certaine référence pour les anciens d’entre nous … ça s’appelle de l’humour noir !). Il n’est pas difficile de filmer la beauté de Rome mais le cinéaste y rajoute des images insolites dignes de Fellini comme un prestidigitateur qui fait disparaitre une girafe dans les Thermes de Caracalla (on pense à Mastroianni en Mandrake, le magicien de Fellini Roma).

Un film riche, foisonnant, débridé qui ne trouve son ordre interne dans une succession de scènes comme un film à sketches – à réserver à un public prêt à accepter le loufoque et la bouffonnerie !

 

 

18 Comment

    1. Nous l’avons vu la semaine dernière dans un cinéma qui a une programmation style ciné-club, donc garde les films un peu plus longtemps

  1. Hier, dans le métro croisant les affiches des nouveaux films au cinéma, je me suis fait la réflexion que j’avais de moins en moins l’envie et le déclic de passer le seuil d’une salle obscure. Pourtant parce que le temps était à la pluie, j’ai levé le nez vers le programme de chez Gaumont à Montparnasse. Bof, bof, bof… J’ai bien peur d’être moi même très désabusée ces temps-ci, je crois et puis je suis à couteaux tirés avec un italien de mes clients en ce moment et loin de moi tout ce qui me rappelle l’Italie pour quelques temps… Bonne journée à vous !

    1. Nous, des cinéphiles, ne sommes pas allées souvent au ciné ces derniers mois, par manque de temps, mais aussi parce que la programmation ne nous inspirait pas vraiment.
      Alors attendez quelques mois, peut-être ce film passera à la télé, sur Arte par exemple, et vous regarderez ce film en faisant abstraction de vos démêlés à l’italienne…

    1. Comme nous n’avons pas encore vu tous les films de Cannes (et parmi eux il y certains que nous ne verrons jamais…) nous ne pouvons le comparer aux autres. Mais comme vous, nous pensons que c’est un bon film !
      Bonne soirée !

  2. Avec mon mois en Inde, je n’ai pas trop suivi ce qui s’était passé à Cannes et n’avait pas entendu parler de ce film mais j’irais surement le voir, j’adore les films italiens , il s’en dégage toujours une certaine nostalgie à laquelle je suis sensible …

    1. La ville de Rome elle-même est propice à la nostalgie. Et ici, en plus, on peut éprouver une certaine nostalgie du « grand » cinéma italien des années 60 et 70.

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