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[Cinéma] Hannah Arendt

1961
La philosophe juive allemande Hannah Arendt est envoyée à Jérusalem par le New Yorker pour couvrir le procès d’Adolf Eichmann, responsable de la déportation de millions de juifs.
Les articles qu’elle publie et sa théorie de “La banalité du mal” déclenchent une controverse sans précédent.
Son obstination et l’exigence de sa pensée se heurtent à l’incompréhension de ses proches et provoquent son isolement.
Ce film raconte un épisode de la vie d’Hannah Arendt. Il commence lors de l’enlèvement du criminel de guerre Adolf Eichmann en 1960 en Buenos Aires, suit le procès en Israel et va jusqu’à la parution en anglais de son livre « Eichmann à Jérusalem ».
Ses écrits sur la « banalité du mal » et les discussions qui suivirent, tournaient autour de deux thèmes centraux, « Eichmann et sa responsabilité » et « Les juifs et leur attitude dans la catastrophe ». D’un côté  on a reproché à Hannah Arendt de minimiser le rôle Eichmann en lui ôtant son caractère démoniaque, de ne voir en lui qu’un médiocre exécutant, et de l’autre côté on l’accusait de vouloir rendre les juifs en partie responsables du génocide par une attitude passive ou même coopérative. Mais elle revendiquait sa liberté de pensée comme une responsabilité face aux normes, face au conformisme, elle voyait le procès d’un homme et non pas d’un peuple, alors que de nombreux juifs auraient voulu lui donner une valeur de symbole des crimes et des criminels nazis. « Je n’appartiens pas à un peuple…il n’y a pour moi que des individus. « Claude Lanzmann dans ses mémoires, qualifie son attitude  « un manque d’empathie, d’arrogance et une incompréhension de la situation ».

Nous suivons Hannah Arendt pendant ces années-là, quelques flash backs nous la montrent dans sa jeunesse et dans sa relation avec Martin Heidegger. Nous la voyons dans son appartement de Manhattan, entourée d’un mari amoureux, des amis intellectuels, avec ses étudiants, à Jérusalem aussi auprès d’anciens amis. Jonglant entre les langues, les phrases fusent et les dialogues bénéficient des écrits que les protagonistes ont laissés et cette authenticité fait que le spectateur suit le film avec intérêt.

Rien de spectaculaire, c’est plutôt du genre téléfilm, juste quelques scènes documentaires pour nous mettre face à Eichmann grâce à des images d’archives. Le récit, très centré sur le personnage principal qui est examiné dans les gestes de sa vie quotidienne, reste sobre, presque linéaire.  Les débats entre amis sont nombreux, ce n’est pas ennuyeux cependant on peut reprocher au film de rester en surface, de ne pas nous conduire plus loin dans la réflexion philosophique et de ne pas vraiment la situer dans l’ensemble de l’œuvre d’Hannah Arendt. Mais le cinéma n’est peut-être pas le meilleur support pour cela.

Comme il est de plus en plus fréquent au cinéma, la reconstitution des années 60 est soignée, les meubles, les vêtements,  la coiffure…et la cigarette ! Elle est constamment présente, indissociable du monde des intellectuels de l’époque !

Ce film nous  fait penser à un autre film « Le liseur », d’après le livre de Bernhard Schlink. Là aussi nous sommes témoins du procès d’une criminelle de guerre et le personnage central, une femme terriblement banale,  dit elle aussi n’avoir agi que par obéissance !

Barbara Sukowa est très convaincante dans le rôle d’une femme libre dans ses pensées et indépendante par rapport à son entourage. Margarethe von Trotta a réussi son film,  parce que  malgré un sujet si difficile, on regarde ce film avec plaisir, il y a même quelques  moments de légèreté. Il est accessible  à tout le monde et invite à la discussion après la séance.

 

 

20 Comment

  1. Un sujet difficile… J’avais beaucoup aimé « Le Liseur » (j’ai vu le film seulement). On oublie souvent que tout n’est pas noir ou blanc, c’est difficile de juger parfois !

    1. C’est justement l’intérêt du film qui invite à la réflexion, comme « Le liseur », mais qui était moins abstrait, puisque la personne coupable était aussi l’un des personnages du film. A voir

    1. La façon dont il est abordé est plus intellectuelle, il n’y a pas vraiment de représentation des camps. Il ne choquera pas trop une âme sensible. Bonne soirée.

  2. J’ai de très bons échos de ce film. Il me plairait certainement mais je cavale après le temps, hélas ! Merci de nous faire partager vos impressions. Bonne soirée

    1. Nous aimons bien les discussions « après film » et nous nous faisons souvent le cinéma de minuit ; après il n’y a plus qu’à rédiger 🙂 . Bonne soirée

    1. Il arrivera peut-être dans les semaines à venir – si non ce sera sur Arte, l’année prochaine, si tout va bien…

  3. Pour ma part, j’ai vu, il y a quelques années déjà, « Le Liseur » et je dois reconnaître l’avoir préféré. D’ailleurs, après avoir regardé ce film, j’aI tenu absolument à lire le livre « Der Vorleser » de Bernhard Schlink… et je n’ai pas été déçue, loin de là ! En revanche, pour être honnête, le film « Hannah Arendt » m’a laissée un peu sur ma faim. Je n’irais pas jusqu’à affirmer que je ne l’ai pas trouvé digne d’intérêt, mais je pense qu’il est extrêmemnt difficile pour le septième art de rendre accessible une théorie philosophique, à moins de tenter de la simplifier au risque de la pervertir. A mon avis, si un spectateur ne possède pas la moindre idée de l’oeuvre de la philosophe Hannah Arendt et ne s’est pas donné la peine de s’informer à ce sujet avant de se rendre au cinéma, il ne risque pas de comprendre grand-chose et sortira de la séance avec un sentiment de frustration. C’est pourquoi je ne le recommanderais pas à n’importe qui en raison de l’extrême gravité du sujet traité.

    1. Nous partageons en partie votre avis parce que nous aussi sommes restées sur notre faim, nous aussi aurions aimé aller plus loin dans la réflexion. Mais nous avons apprécié ce film malgré tout, pour la mise en scène, le jeu des acteurs et le sujet abordé – il incite à la réflexion, à la documentation et surtout à la discussion.
      Le liseur nous montre la coupable, le spectateur se retrouve de l’autre côté, le procédé et les propos ne sont pas le mêmes.
      Reconnaissons que ce sont deux films qui parlent avec finesse d’un sujet délicat sans tomber dans le voyeurisme.
      Merci pour votre commentaire !

  4. P.S.: J’ai beaucoup apprécié les images d’archives du procès d’Adolf Eichmann car elles constituent, à elles seules, presque tout l’intérêt du film !

    1. C’est un film sur Hannah Arendt, donc Eichmann est certes le personnage clé, mais peut-être pas le seul intérêt du film ?

  5. J’ai beaucoup aimé ce film, et justement le fait que ce ne soit pas un film qui essaie de retranscrire la pensée de Hannah Arendt, mais plutôt une période de la vie de cette femme, et comment sa réflexion de philosophe se heurte à l’incompréhension du plus grand nombre.

    Les dialogues sont assez percutants, il y a de l’humour, de la tension, de la profondeur mais aussi de la légèreté.

    Et les acteurs sont très bons !

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