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Culture Lecture

[Lecture] Le roman du mariage

D’après les émissions consacrées à la sortie du roman en France et les interviews de l’auteur américain, Jeffrey Eugenides, nous nous attendions à une œuvre dont la structure aurait été fondée sur un jeu de miroir entre les théories des structuralistes français et les romans du XVIIIème anglais, une sorte de duel entre Roland Barthes et Jane Austen. Ce qui pouvait procurer un certain plaisir intellectuel.

En fait ce roman est beaucoup plus foisonnant.

Il fait certes allusion aux théories littéraires qui traitent du sentiment amoureux, notamment lors de scènes relatant des cours de sémiologie dispensés à la fac, mais c’est avant tout le récit de l’évolution d’un jeune couple d’étudiants américains, Madeleine et Léonard, entre exaltation et déprime au rythme des modifications de l’humeur du jeune homme maniaco-dépressif. Le troisième élément du trio classique, Mitchell, amoureux éconduit de Madeleine, ponctue cette évolution ; tantôt proche, tantôt très éloigné par ses voyages, plus en spectateur et victime qu’en véritable protagoniste. Un triangle amoureux malheureux…

Roman plus foisonnant non pas par le nombre de personnages mais par celui des thèmes abordés.

Nous découvrons la vie des campus américains dans les années 80, les soirées entre étudiants à cette époque de la libération sexuelle entre pilule et sida, « la parenthèse enchantée » : « Dans la hiérarchie sexuelle qui prévaut à l’université, les mâles de première année sont situés tout en-bas« . Il y a même l’ancêtre de FB : pigbook. Découverte aussi de trois types d’études : les études scientifiques et littéraires, qui ne sont pas autant cloisonnées qu’en France car on peut naviguer entre différents cours, s’intéresser à Barthes et cultiver des levures. Les études de théologie que poursuit Mitchell, la fréquentation des cultes montrent l’importance de la religion au sein de la société américaine. Société qui s’est constituée, comme nous le savons, par plusieurs apports au cours des siècles et les héros sont confrontés aux différences sociales entre leurs familles : intellectuels de la côte est, descendants de pionniers de l’Oregon ou d’émigrés grecs.

Nous voyageons aussi  grâce aux séjours en France, en Grèce et en Inde (surtout Calcutta) de Mitchell et les descriptions des villes et des habitants de ces pays n’échappent pas à quelques clichés : « l’idéal français…consistait plutôt en un délabrement pittoresque »

Il nous a paru que, malgré son titre, le thème du roman n’était pas vraiment centré sur le mariage et Madeleine ne semble pas tellement hésiter entre les deux prétendants. C’est l’histoire d’un malade. En effet le récit se déroule autour de la dépression de Léonard et de ses conséquences sur son entourage familial ou professionnel. L’auteur s’attarde longuement sur la pathologie qu’il développe et constitue un recensement très approfondi, voire intériorisé, des symptômes et des manifestations de la psychose maniaco-dépressive. La documentation sur cette maladie n’a d’égale que la précision de la culture de levure que Léonard en tant qu’assistant biologiste est chargé d’étudier. Un excès d’érudition qui entraîne certaines longueurs. Malgré cela la composition du roman constituée de flashbacks maintient un rythme dans l’ensemble soutenu et le style est brillant et plein d’humour, ce que nous apprécions toujours.

Un roman riche et intéressant dont nous recommandons la lecture mais reste une interrogation : « Le roman du mariage », pourquoi ce titre ?

 

 

 

 

30 Comment

  1. Peut être, au début de sa narration l’auteur est-il parti avec une idée de mariage et puis, petit à petit, son histoire s’est construite sur d’autres fondements… Qui sait ? Je ne note plus rien sur ma PAL je suis trop à la bourrre !
    Bon début de semaine à vous

    1. Nous pensons qu’il a été fortement intéressé par les troubles psychiatriques qu’il décrit si longuement. La narration est extrêmement construite, ce qui en fait aussi son intérêt. Bonne semaine.

  2. Votre article donne envie de lire le livre…(j’ai bien aimé votre expression « duel entre Roland Barthes et Jane Austen », tout un programme !). Bonne journée !

    1. Mais ce duel n’est qu’abordé, il ne faut pas croire qu’il y autant de références à ces deux auteurs que les critiques français l’avaient laissé entendre. Bonne soirée.

  3. J’avais lu Middlesex. Très bien mais finalement un peu trop « américain » pour moi. Au fait, on (la partie allemande!) ne peut pas me conseiller quelques romans grand public en allemand, pas trop difficiles à lire mais pas trop bêtes non plus, comme le Glattauer? Comme je dois acheter sur Amazon, je manque un peu d’avis critiques.

    1. La partie allemande est en train de réfléchir…Il y a un livre qui me vient à l’esprit parce qu’il avait pas mal de succès en France « Le goût des pépins de pomme » de Katharina Hagena, « Der Geschmack von Apfelkernen » en allemand
      et les livres de Charlotte Link, « Im Tal des Fuchses » par exemple, son dernier, genre polar. Elle a écrit beaucoup de romans, mais son plus grand succès reste la « Sturmzeit-Trilogie avec « Sturmzeit », « Wilde Lupinen » et « Die Stunde der Erben ».
      Voilà un avis un peu improvisé !

      1. Merci! En effet j’avais repéré les livres de Charlotte Link comme best-sellers mais je ne savais pas si c’était « lisible ». Je ne connais pas l’autre. Vous avez beaucoup de femmes écrivains en Allemagne qui vendent très bien.

        1. Lisible oui, mais cela dépend aussi de votre niveau de connaissance de l’allemand…Viel Spass beim Lesen !

  4. Pardon, j’ai cliqué trop vite. Par « lisible », il fallait comprendre: n’est -ce pas trop bête? Parce que, même dans une langue étrangère, mon seuil de tolérance aux hyper best-sellers a ses limites….

  5. Je viens juste de commencer la lecture de ce livre « le roman du mariage ».

    Je ne manquerai pas de vous faire part de votre avis !

  6. J’ai beaucoup aimé ce livre que j’ai commenté sur le site de Livrogne. Pour les allemands, j’ai lu un roman policier de Nele Neuhaus intitulé « Flétrissure » que j’ai trouvé très bien. Sinon oui les pépins de pomme est sympa…

    1. Merci pour votre commentaire – Nous connaissons Nele Neuhaus de nom, mais nous n’avons pas encore un des polars. Par contre, « les pépins » oui ! Nous l’avons lu en allemand, bien sûr.
      Bonne journée

  7. Je vous mets ici mon opinion sur ce roman :
    Madeleine est une jolie jeune fille. Elle est amoureuse de Léonard et Mitchell est amoureux d’elle. Léonard aussi. Mais ce n’est pas aussi simple que cela. Léonard est un être charismatique mais il souffre d’une maladie mentale.
    On suit la construction et la déconstruction de ces 3 personnages, la déconstruction de l’amour, au travers de leur vie mais aussi au travers de leurs lectures et de l’influence des auteurs sur leur vie. Jane Austen et de Tolstoï n’abordent évidemment pas le thème de l’amour de la même façon que Barthes.
    Les trois jeunes suivent des cursus différents ; l’un étudie la biologie, l’autre la théologie et Madeleine la littérature. Mais leurs explorations et leur quête se recoupe. Pour se trouver, Mitchell va partir en Europe puis en Inde. Mais Madeleine ne quittera pas son esprit pour autant. Madeleine, éperdument amoureuse de Léonard parviendra-t-elle à le sauver de sa pathologie maniaco-dépressive. Léonard entrainera-t-il Madeleine dans sa chute ou parviendront-ils à surmonter leurs problèmes à force d’amour ? Le tout dans une ambiance estudiantine des années 80. Un roman sur la passion, à la fois envahissante et à la fois « disséquée ». L’amour se comprend-il via les livres et les analyses ou par le fait de le vivre ? C’est un roman que je trouve magnifique. Peut-être la pathologie doit souffre Léonard est-elle un peu trop expliquée, mais je ne sais même pas.

    Malheureusement, je ne lis pas en allemand. Je lis en français, anglais, espagnol, italien, mais pas en allemand… Mais parfois le plus difficile est de trouver les livres dans les langues d’origine…

    1. Merci pour ce commentaire détaillé, « Le roman du mariage » quoiqu’il en soit ne peut laisser indifférent. Vous avez de la chance de pouvoir lire en autant de VO.

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