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[Anniversaire] Le traité de l’Elysée bis

Les Matching Points ont une âme européenne, l’une est italoanglophile, l’autre est Frallemande et fière du néologisme…

A l’occasion de ce 50ème anniversaire, on a célébré le passé en soulignant les aspects positifs du traité. Wim Wenders, allemand francophile et francophone, en direct sur France Inter, a connu les premières années d’enthousiasme, les échanges entre les jeunes et la découverte de l’autre pays ; dans sa génération, on connaissait les chansons et le cinéma français et sa première voiture a été une 2CV, bien sûr…

Beaucoup de commentaires soulignent cependant aussi que ces festivités cachent un gros malaise. Cette amitié mérite certes une célébration, mais elle arrive à un mauvais moment.

« France-Allemagne, Le moteur tousse », L’EXPRESS du 16 janvier.

Le Monde : « Fremde Freunde: des amis qui restent étrangers l’un à l’autre. »

Gerhard Schröder, l’ex-chancelier : « …on ne peut faire  de la politique dans la durée sans tenir compte des nécessités économiques… »

Mathieu von Rohr dans  SPIEGELonline  donne quelques autres arguments résumés ici :

Bruno Le Maire, ministre des affaires européennes sous Sarkozy, et aujourd’hui sûrement celui qui à l’Assemblé Nationale connait le mieux l’Allemagne, dit qu’il faut arrêter avec tous ces discours sur l’amitié franco-allemande ! Il se sent souvent seul dans son attachement pour le pays voisin. … »Nous devons partir du principe, que la relation n’est pas naturelle… »

Face à la différence d’opinion dans la crise de l’Euro, tous ces discours autour de l’amitié sonnent creux. Daniel Cohn-Bendit reconnait qu’il faudrait dire : » Il n’y a plus d’amitié franco-allemande ».

Jacques Delors confie au SPIEGEL : « …Fini les accolades, la choucroute et la bière ensemble. Je préfère que Merkel et Hollande disent publiquement ce qu’ils pensent. »

A Paris on ne comprend pas pourquoi les Allemands freinent toujours dans la crise de l’Euro, pourquoi Merkel refuse toutes les propositions de nationalisations et veut introduire des nouveaux contrôles budgétaires. Les Français ne croient pas à la recette allemande : faire des économies dans les dépenses publiques et réduire les coûts salariaux. Car, selon l’entourage de Hollande, on ne peut faire concurrence à la Chine, il serait plus important de maintenir le système social européen.

Les Allemands quant à eux, sont préoccupés par le manque de volonté de Hollande face aux réformes. Ils craignent que celui-ci n’ait pas encore compris la dimension de la crise.

Lorsque Merkel a réclamé une union politique pour l’Europe, elle a cueilli à froid les Français. Merkel dans le rôle de la bonne européenne et Hollande le frein qui ne veut pas se défaire de sa souveraineté. L’équipe de Hollande n’est toujours pas certaine que Merkel croie vraiment à l’Union Européenne et pense que cette proposition n’était qu’un coup de bluff. Face à tant de méfiance, il n’est pas étonnant que la France et l’Allemagne n’avancent que par petits pas, qu’elles se traînent d’un compromis à l’autre.

La France et l’Allemagne poursuivent des buts différents, ce n’est pas nouveau, c’était déjà ainsi lors du  traité de l’Elysée. Adenauer le voulait pour rattacher l’Allemagne définitivement  à l’Ouest – donc aux USA, à l’Angleterre et à la France. De Gaulle par contre voulait créer un pôle opposé aux américains et aux britanniques. Les deux étaient bien conscients qu’en principe ils voulaient autre chose, mais aussi qu’ils avaient besoin de l’un et l’autre.

Les grandes mises en scène font partie de la relation franco-allemande comme les arrières-pensées. Notamment la crainte française que l’Allemagne pourrait redevenir importante en Europe. Et les deux côtés veulent créer une Europe selon leur propre principe et imposer leurs traditions politiques économiques.

Pour le journaliste Arnaud Leparmentier qui vient de publier un essai sévère, Ces Français, fossoyeurs de l’euro (ed.Plon), les chefs des gouvernements français et allemands, sont incapables de communiquer depuis des décennies. Tous ensemble ont ainsi contribué à manœuvrer l’Europe et l’Euro jusqu’au bord de l’effondrement.

Le rapport entre les deux pays ne serait pas naturel, toujours selon Bruno Le Maire. « Nos systèmes sont totalement différentes. Un système fédéral, où tout le pouvoir est au parlement, est face à un système où c’est le président qui a le pouvoir. Et comme parmi les hommes politiques les plus importants pratiquement plus personne ne parle la langue de l’autre, on ne comprend pas non plus la pensée de l’autre. En même temps naissent dans le monde des grands blocs (Chine, Inde, Amérique du Sud), qui réduisent l’importance de l’Europe. L’Allemagne et la France n’auraient pas besoin d’une rhétorique sentimentale, mais devraient par un intérêt stratégique se concentrer sur des objectifs communs concrets : une politique  fiscale et sociale commune, un marché du travail commun, la direction de la zone euro, une intégration européenne renforcée. »

Mais il n’y a pas que la rhétorique  sur l’amitié d’après guerre qui sonne parfois creux aujourd’hui, il y a en plus un tout autre problème : le désintérêt grandissant des deux peuples l’un envers l’autre. Un sondage des dernières semaines démontre que les citoyens de deux pays s’estiment, mais connaissent surtout les clichés : les français respectent les Allemands et les jugent disciplinés, les Allemands aiment bien la façon de vivre des Français, mais c’est tout. Le temps des échanges de la jeunesse est révolu depuis longtemps, et la France n’est plus pour les jeunes Allemands  le pays exotique qu’elle fut encore dans les années 80.

Angela Merkel, dans son message video de la semaine dernière, a demandé à tous les Allemands d’apprendre le français. Pour mieux comprendre un pays voisin il faut apprendre la langue. Elle pourrait donner l’exemple – parce qu’avec son collègue Hollande elle baragouine en anglais lorsqu’il n’ y a pas de traducteur !

Alors, pour ses noces d’or, souhaitons comme à tous les vieux couples de la compréhension et de la tendresse, à défaut de passion…

 

 

18 Comment

    1. Non, ce n’est pas facile. C’est en période de crise qu’une amitié doit faire ses preuves. Mais comme nous avons essayé de démontrer dans notre petite « revue de presse », tout le monde s’est rendu compte de ce passage à vide. Il faudra rebondir, dans l’intérêt de tous, à notre avis !

    1. Oui, d’ailleurs il faut renouveler de telles déclarations justement dans des moments de crise. Mais des paroles seules ne suffissent pas, des décisions et des actes concrets doivent suivre. L’amitié franco-espagnole est plus facile, puisqu’il n’y a pas eu ces terribles blessures de la guerre.

    1. Les nouvelles générations peuvent avoir une approche beaucoup plus décontractée. Il faut les encourager pour apprendre les langues !

  1. Cette amitié n’est pas simple et pourtant utile. Mes enfants apprennent l’allemand au collège. Nous avons eu un énorme débat afin qu’ils soient en bilangues anglais allemand. Au départ, cela ne faisait pas partie de leur souhait.

    1. L’allemand n’est pas une langue attractive pour les enfants, ils préfèrent l’anglais et l’espagnol qui en plus est plus facile. Peut-être au collège auront-ils des possibilités pour des échanges ou pour faire de petits voyages pour rendre cette langue plus intéressante ?

    1. Ce sont souvent les gens et non pas que les politiques qui peuvent contribuer à une meilleure compréhension ! Alors gardons l’esprit ouvert et essayons de transmettre à nos enfants la curiosité envers l’autre. Bonne nuit

  2. Votre article est très intéressant et très complet.

    J’ai entendu Wim Wenders sur France Inter, il était très pertinent, avec beaucoup d’humour !

    1. Il exprimait bien cet élan des premières année de la réconciliation franco-allemande et demandait un renouveau pour passer à autre chose.

  3. « Mais il n’y a pas que la rhétorique sur l’amitié d’après guerre qui sonne parfois creux aujourd’hui, il y a en plus un tout autre problème : le désintérêt grandissant des deux peuples l’un envers l’autre. » Je ne peux que souligner la justesse de vos propos… en y mettant toutefois un petit bémol : j’ai l’impression que les Allemands apprécient encore beaucoup la France et les Français (même si l’engouement est nettement moins partagé par les jeunes générations, il faut le reconnaître) ! Il est d’ailleurs bien plus facile pour un Français de s’établir en Allemagne que le contraire. Je parle en connaissance de cause : j’ai vécu onze ans en Allemagne (tout d’abord à l’est et à ensuite l’ouest). Même si la langue française a de moins en moins d’adeptes outre-Rhin, les Allemands continuent, pour la plupart, à s’intéresser à leurs voisins et à leur culture. Hélas, on ne peut pas en dire autant des Français vis-à-vis de l’Allemagne. Dans ma vie, j’ai connu assez d’Allemands qui se plaignaient du mauvais accueil – voire du rejet – qui leur était réservé en France. Triste constat !

    1. Merci pour votre témoignage qui n’est pas très optimiste. Personnellement je ne peux parler d’un mauvais accueil en France, par contre je constate que les français ne connaissent pas bien l’Allemagne ni les allemands ni leur culture. Il faut donc pousser les jeunes à faire des séjours à l’étranger, apprendre les langues et garder un esprit ouvert. Vous devez bien connaitre ce pays après 11 années passées !

  4. Cet été, lorsque j’ai dit que j’allais passer mes vacances en Allemagne, certaines réactions étaient frappantes :
    – « En Allemagne ??!!?? »
    – « Mais il fait froid ! »
    – « Mais qu’est ce qu’il y a à faire là-bas?

    C’était bien-sûr des personnes qui n’avaient jamais mis les pieds en Allemagne et ne s’imaginent même pas qu’il y a des vignes, des lacs pour se baigner etc..

    Les autres, qui connaissaient, avaient un autre avis :
    – « la Fôrêt Noire, c’est splendide ! »,
    – « J’ai un ami qui habite en Allemagne, je suis allé le voir, c’était super »
    – etc.

    Comme quoi, la méconnaissance est bien au coeur du problème.

  5. LES BESOINS DE L’ÉPOQUE ET UNE SUPPOSÉ UNION ENTRE LES DEUX PAYS, NE FONT PLUS QUE DES CAILLOUX DU PRÉSENT
    LE TEMPS EST PASSÉ ET TOUT EST FINI…. FAIRE SEMBLENT POUR QUOI FAIRE?

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