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[Lecture] Printemps du livre de Cassis

Comme chaque année le dernier week-end d’Avril et le premier de Mai, le Printemps du livre de Cassis organise des rencontres autour d’écrivains animées par Antoine Spire et Serge Koster.

Au programme du dimanche après-midi : Pascal Bruckner pour « Le fanatisme de l’Apocalypse » (Grasset), Eric Fottorino « Mon tour du « Monde » » (Gallimard), Delphine de Vigan « Rien ne s’oppose à la nuit » (JC Lattès).

« Le fanatisme de l’Apocalypse » est un pamphlet contre « le nouveau despotisme à la chlorophylle ». En effet, le philosophe Pascal Bruckner part en guerre contre le catastrophisme qui sous-tend le discours écologique et qui consiste à faire un diagnostic effroyable de ce qui nous attend à court terme en utilisant des images  de l’Apocalypse comme l’ont fait Al Gore ou Nicolas Hulot. La planète va mal, l’homme est coupable et doit payer, Bruckner refuse ce discours de la pénitence imposé à la société industrielle qui, par expiation, doit accepter de nier le progrès et revenir au monde rural du XIXème siècle. Par ailleurs cette idéologisation de l’écologie qui consiste à affoler les gens propose des remèdes simplistes comme les économies d’énergie et d’eau et d’autres petits gestes du quotidien qui nous ramènent en fait à des vertus de prudence et de parcimonie qui existaient avant l’avènement de la société de consommation : nous assistons à « une révolution du radinisme mais on ne contribue pas au salut de la planète en triant les déchets ». Afin de poursuivre le développement sans aggraver les conditions de vie sur la planète, Bruckner croit à l’explosion de la technologie et des nanotechnologies, aux OGM, à une écologie de la raison contre une écologie de la divagation. Cette maladie de la fin du monde est pour lui celle d’un Occident qui ne fait plus l’Histoire face aux pays émergents comme l’Inde ou la Chine, qu’il veut en  outre priver du progrès dont il a tiré profit.

Pascal Bruckner a présenté sa critique de l’écologie radicale avec un humour impitoyable contre les Cassandre écologistes rassemblés dans une secte de « purs » ; il cite des exemples clairs et précis sans pour autant jouer le rôle du scientifique qu’il ne prétend pas être.

Eric Fottorino raconte son « Tour du « Monde » » (apprécions le jeu de mots), le journal dont il a été le directeur et qu’il a perdu en 2010 débarqué par les actionnaires qu’il était allé lui-même chercher pour éviter la faillite. Il raconte comment s’est déroulée cette aventure  et la ligne de conduite qu’il s’était fixée pour à la fois dépolitiser ce quotidien de référence de la France et le soustraire aux ambitions de grands groupes de presse. Sur le ton de la conversation à bâtons rompus, l’auteur a su intéresser et divertir l’auditoire. Retenons pour le plaisir la citation de la phrase d’Hubert Beuve-Méry le fondateur du quotidien qui, selon Fottorino, « rend intelligent » : « Le Monde coûte son prix plus l’effort pour le lire ».

Delphine de Vigan revendique le terme de roman (et non de récit) pour son livre « Rien ne s’oppose à la nuit » qui s’appuie pourtant sur une expérience autobiographique : le suicide de sa mère. C’est l’histoire de cette mère et l’histoire de l’écriture de ce roman. Secrets de famille, souffrance et désordre mental sont au cœur  de l’œuvre et nous devons avouer que l’analyse qui en a été faite n’a pas vraiment soutenu notre intérêt. La tâche était difficile pour cette romancière face aux interventions brillantes des deux essayistes. Elle a pourtant rempli la salle, bénéficiant sans doute d’une médiatisation plus importante auprès du grand public.

10 Comment

  1. j’ai beau aimer la ville de Cassis à la folie, je ne me risquerais pas à son printemps du livre, parce que Pascal Bruckner et moi, on risquerait de pas etre copains… (mais alors pas du tout…)

    1. La critique de l’écologie profonde ou radicale a déjà été faite par Luc Ferry en 1992 sous le titre « Le nouvel ordre écologique » http://acces.ens-lyon.fr/eedd/climat/dossiers/homme_nature/ferry_ecologie/ et, à travers un roman, par Jean-Christophe Ruffin « Le parfum d’Adam ». Ces penseurs dénoncent la radicalisation de l’écologie tout en reconnaissant qu’au départ l’intention de réveiller les consciences sur ce problème est bonne… Des éléments de réflexion…

  2. J’ai entendu parler du livre de Bruckner et ça me laisse dubitative … en ce qui concerne l’écologie, tout le monde en parle, nous sommes tous sensibilisés et même si cela ne sert pas à grand chose, une implication au quotidien ne nuit pas.
    Quant au livre de Delphine de Vigean, il dans ma PAL, je n’ai toujours pas trouvé le courage de le commencer !

    1. Nous attendons votre avis sur le livre de D. de Vigan car vous avez compris que c’est le sujet de ce livre qui nous laisse dubitatives ! Comme nous avons répondu à Flou il n’est pas inintéressant de réfléchir sur certaines limites (ou pire dérives) de l’écologie.

  3. J’étais présente à ces rencontres et j’ai beaucoup apprécié. Bravo pour l’article dans un style purement journalistique.

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