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[Cinéma] « Au Revoir » de Mohammad Rasoulof

Prix de la mise en scène cette année à Cannes, dans la section Un certain regard.

Comme dans  « Une séparation »   d’Asghar Farhadi c’est l’histoire d’une femme qui veut quitter l’Iran. Mais si dans celui-ci, malgré les difficultés de la vie en Iran et l’obscurantisme, il y a de la couleur, de vrais rapports humains et  de la  vitalité,  dans « Au revoir », c’est au contraire une vie qui se déroule au ralenti et presque dans le noir, au fil des démarches que doit faire la très belle Noura durant les dernières semaines avant son départ d’Iran pour obtenir son visa. Nous la suivons dans les couloirs, dans les bureaux où elle affronte l’hostilité d’intermédiaires corrompus, des médecins, des fonctionnaires butés. Interdite d’exercer son métier d’avocat à cause des agissements politiques de son mari qui est réfugié dans le sud de l’Iran, elle est traquée par les autorités. Elle se sent étrangère dans son propre pays, alors pour elle « mieux vaut être étrangère à l’étranger ».

Un témoignage sobre, étouffant, presque à huis-clos ; c’est un film clandestin, donc fait avec peu de moyens techniques, austère, essentiellement en plans fixes, ce qui le rend encore plus vrai et crédible mais aussi plus oppressant. Tout est dans les gestes répétitifs comme vernir ses ongles (seule tache de couleur dans le film), rajuster sans cesse son foulard, glisser des billets dans des enveloppes, coller des cartons.

Rien n’est là pour égayer le quotidien de Nora ni du spectateur d’ailleurs. Il n’y a que la photo d’un bébé qui donne une dimension sentimentale et tragique. Le film témoigne d’une menace permanente qui peut surgir n’importe où comme dans l’ascenseur – encore un huis-clos.

Nous sommes sorties de cette séance oppressées. C’est un film de résistance, sinistre certes, mais beau et courageux car le cinéaste, qui a été arrêté en 2010, risque six ans de prison ; il s’est vraiment « mis en danger », selon l’expression tant galvaudée lors d’interview de nos acteurs et réalisateurs hexagonaux qui risquent, eux, seulement une réduction de leurs prochains cachets en cas de bouderie de la part du public.

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